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 Restauration 1814-1830

Louis XVIII (1814-1824)


C’est la Bérézina. Battu à Leipzig, Napoléon abdique le 6 avril 1814.

Frère de Louis XVI, Louis XVIII est proclamé « roi des Français ». Il remet en vigueur les usages de l’Ancien Régime.

Louis XVIII, contrairement à son frère Charles, le comte d'Artois (futur Charles X), chef des Ultra-royalistes, a pleinement conscience que l'on ne peut effacer les pages de l'histoire de la Révolution et de l'Empire. Il constate que la France ne peut plus redevenir un pays de « sujets », et qu'elle est devenue une Nation. D'où la Charte constitutionnelle qu'il promulgue, et qui a valeur de constitution.

En 1815, retour de Napoléon1er pendant la période des « Cent-jours ». Après la défaite de Waterloo, l’Empereur abdique de nouveau. Louis XVIII qui avait fui, revient le 8 juillet 1815. La seconde Restauration commence.


Louis XVIII confirme Fontanes, devenu hostile à Napoléon, dans les fonctions de grand-maître de l’Université.

Fontanes rappelle aux recteurs que l’enseignement, qui développe les facultés de l’esprit, serait plus funeste qu’utile, si l’éducation, en même temps, ne perfectionnait les sentiments et les mœurs. Il n’est qu’un moyen sûr de les régler : c’est de les mettre sous l’empire de la religion.

Le parti des "ultras" qui sont des monarchistes radicaux, demande la destruction totale de l'Université et veut remettre entièrement l'éducation publique entre les mains de l'église.


Pendant les Cent-jours, Carnot fait un rapport à l’Empereur, en date du 27 avril 1814 : « il y a en France, dit-il, deux millions d’enfants qui réclament l’éducation primaire, et, sur ces deux millions, les uns en reçoivent une très imparfaite, tandis que les autres en sont complètement privés ».

Après avoir exposé l’état déplorable de l’enseignement primaire, il recommande fortement la méthode de l’enseignement mutuel, préconisée par Bell et Lancaster, et que les "libéraux" regardent alors comme l’unique moyen de salut. (voir page L'école mutuelle)

Elle a pour objet de donner à l'éducation primaire le plus grand degré de simplicité, de rapidité et d'économie, en lui donnant également tout le degré de perfectionnement convenable pour les classes inférieures de la société et aussi en y portant tout ce qui peut faire naître et entretenir dans le cœur des enfants le sentiment du devoir, de la justice, de l'honneur et le respect pour l'ordre établi.

Le ministre veut assurer le développement rapide de la méthode mutuelle. Il obtient de l'Empereur l'ouverture d'une Ecole d'essai à Paris, mais les évènements extérieurs mettent fin à cette initiative.

Cette nouvelle méthode, venue d'Angleterre, enthousiasme les français. On lui trouve une foule d'avantages. Elle permet d'instruire à peu de frais un nombre élevé d'enfants ; Elle permet d'échapper à la pénurie de maîtres qui paralyse le développement de l'enseignement primaire ; Elle présente également un intérêt pédagogique, celui d'éliminer la désastreuse méthode individuelle dans laquelle les enfants perdent leur temps, s'ennuient et après trois ou quatre ans savent à peine lire et écrire.

Elle est dans l'esprit des philanthropes de 1814, une école d'éducation politique et sociale, un apprentissage des devoirs futurs de l'homme et du citoyen. L'enfant, au milieu d'autres enfants, prend conscience des responsabilités que lui impose son appartenance à un groupe organisé. Il éprouve comme élève la nécessité de l'obéissance, il apprécie ensuite lorsqu'il devient moniteur l'étendue de ses droits mais aussi de ses devoirs de chef.

L'action éducatrice remonte jusqu'aux familles. L'élève poursuit auprès de ses parents l'instruction qu'il exerce auprès de ses camarades. Il arrache peu à peu les siens à l'ignorance.

Pour développer l'enseignement mutuel, Charles de Lasteyrie, Alexandre de Laborde et de Férando  forment la Société pour l’instruction élémentaire.

La première école, fondée rue Saint-Jean-de-Beauvais à Paris, est dirigée par le professeur Martin.

10. Tout particulier qui désirera se vouer aux fonctions d’instituteur primaire, devra présenter au Recteur de son Académie un certificat de bonne conduite, des Curés et Maires de la commune... Il sera ensuite examiné par un Inspecteur d’Académie, ou par tel autre fonctionnaire de l’Instruction publique que le Recteur déléguera et recevra, s’il en est digne, un brevet de capacité délivré du Recteur.

11. Les brevets de capacité seront de trois degrés :

Le troisième degré, ou le degré inférieur, sera accordé à ceux qui savent suffisamment lire, écrire et chiffrer pour en donner des leçons ;

Le deuxième degré, à ceux qui possèdent bien l’orthographe, la calligraphie et le calcul, et qui sont en état de donner un enseignement simultané analogue à celui des Frères des Ecoles chrétiennes ;

            Le premier degré, ou supérieur, à ceux qui possèdent, par principes la grammaire française et l’arithmétique, et sont en état de donner des notions de géographie, d’arpentage et des autres connaissances utiles dans l'enseignement primaire.

Charles X (1824-1830)


Charles X succède à son frère Louis XVIII. Très attaché à l’Ancien Régime, il est proche des « ultras ».

Le cabinet Villèle reste aux affaires, avec Mgr Frayssinous comme ministre des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique. Rien ne change d'abord.

Les élections générales de novembre 1827 donnent la majorité aux "libéraux", et le cabinet Villèle est remplacé par le cabinet Martignac le 4 janvier 1828.

L’industrie métallurgique et mécanique se développe. Les enfants travaillent parfois dès l’âge de 5 ans.


Le 10 février 1828, l'instruction publique ne relève plus du ministère des affaires ecclésiastiques  qui reste confié à Mgr Frayssinous, mais est dirigée par un ministre, Antoine Lefebvre de Vatimesnil, qui exerce les fonctions de grand-maître de l'Université.

L'Université échappant à l'église, celle-ci change de tactique en lançant un nouveau mot d'ordre : la liberté de l'enseignement.

Le nouveau ministre de l'instruction publique a une attitude très différente de celle sur laquelle on avait compté. Tout en demeurant fidèle à la cause de la religion et de la royauté, il s'associe franchement aux mesures libérales proposées par ses collègues, parce qu'il y voit le seul moyen de sauver la monarchie ébranlée.

Son premier acte fut d'abroger l'ordonnance du 8 avril 1824, qui avait placé les écoles primaires sous l'autorité directe des évêques, et de remettre en vigueur les ordonnances des 29 février 1816 et 2 août 1820, dont l'esprit était plus libéral. Mais, dans le rapport au roi qui contient l'exposé des motifs de cette mesure, pour la faire plus facilement accepter de Charles X, il la présente plutôt comme un acte destiné à corriger l'ordonnance de 1816, que comme un retour aux principes qui l'avaient inspirée.

L'arrondissement remplace le canton pour le Comité gratuit pour encourager et surveiller l'instruction primaire. A nouveau le recteur délivre brevets et autorisations, suspend, révoque.

Les dispositions de la nouvelle ordonnance s'appliquent tant aux écoles de garçons qu'aux écoles de filles. Pour la première fois, maîtres et maîtresses sont soumis à la même législation, aux mêmes autorités.

Cette ordonnance qui veut être un compromis entre la puissance civile et les intérêts de la religion, est mal accueillie dans l'opinion. Elle est critiquée autant par les ultras que les libéraux.


Vatimesnil recommande aux recteurs de travailler à former dans leur académie une classe normale à l'imitation de celle de Strasbourg. Onze nouvelles écoles ouvrent.

L'enseignement mutuel renaît, les écoles et les cours normaux rouvrent. Les collectivités publiques, leur allouent de nouveau des subventions.

Si l'enseignement primaire réalise des progrès dans les villes grâce à l'émulation entre écoles mutuelles et écoles des frères, il n'évolue pas dans la France rurale. Les autorités locales restent défaillantes. On se contente de maîtres lamentables, enseignant sans brevet ni autorisation qui pratiquent la méthode individuelle. Les maîtres ambulants sont nombreux dans les communes situées en montagne.

L'enseignement des filles est encore plus affligeant. Le niveau des institutrices qui enseignent presque toutes sans brevet, est très bas. Les écoles tenues pratiquement que par des congréganistes, sont surtout des garderies.

Les comités et recteurs, dans leurs rapports, indiquent tous que pour obtenir des progrès réels dans l'enseignement primaire, il faut recruter des maîtres et maîtresses dignes de ce nom.et leur assurer des ressources leur permettant de vivre décemment en imposant la charge aux pouvoirs publics. Pour cela il est nécessaire de recourir à une loi scolaire.

  

Ordonnance 29 février 1816

A la seconde Restauration, l’Université est maintenue mais les fonctions de grand-maître sont confiées à une commission de cinq membres, considérant que le régime d’une autorité unique et absolue était incompatible avec nos intentions paternelles et avec l’esprit libéral de notre gouvernement. La Commission de l'instruction publique est chargée d'exercer sous l'autorité du ministre de l'intérieur, les pouvoirs précédemment attribués au grand-maître.


La Société pour l'Instruction élémentaire entend étendre dans tout le territoire les bienfaits de la méthode mutuelle et encourage la fondation de sociétés locales. Dès l'été de 1815, un Cours normal destiné à former des maîtres pour les écoles d'enseignement mutuel est ouvert à Paris par le professeur Martin.

La Société pour l'Instruction élémentaire a le soutien du préfet de la Seine, Chabrol de Volvic, qui signe un arrêté le 3 novembre 1815 instituant auprès du préfet de la Seine un conseil d'instruction primaire qui comprend tous les membres de la société : Gérando, Laborde, Lasteyrie, Jomard, Gaultier, Doudeauville, Liancourt…


Dans les statuts de la Société, on précise qu'on apporterait tout le soin possible aux notions fondamentales de la morale et aux bases de l'enseignement religieux mais que l'enseignement de la religion est l'affaire du curé. Dans les milieux catholiques la réaction se fait jour contre cette "école sans Dieu". La Société est contrainte de modifier son orientation et indique que les élèves des écoles fondées par elle suivraient pour tous les exercices du culte religieux les règles établies dans les autres écoles par l'autorité publique, et qu'il serait recommandé aux maîtres de s'y conformer exactement.

  

Ordonnance du Roi, Portant qu'il sera formé dans chaque canton un Comité gratuit et de charité pour surveiller et encourager l'Instruction primaire. Au château des Tuileries, le 29 février 1816.

24. Lorsqu’un individu muni de brevet de capacité désirera s’établir librement dans une commune à l’effet d’y tenir Ecole, il s’adressera au Comité cantonal, et lui présentera, outre son brevet de capacité, des certificats qui attestent sa bonne conduite depuis qu’il l’a obtenu.

Mémoires d’un ancêtre


Il y avait environ deux mois que j’étais à Berd’huis jouissant en toute sécurité des avantages de ma nouvelle position, lorsque je reçus une lettre à peu près ainsi conçue : «  Monsieur, informé que vous vous êtes immiscé dans l’enseignement primaire sans brevet, ni autorisation, je vous ordonne de fermer sur le champ l’école clandestine que vous aves ouverte à Berd’huis, sous peine de vous  voir poursuivi pour contravention à l’ordonnance royale du 29 février 1816 ». Signé N…, curé de Nocé, président du comité cantonal.

Cette lettre fut pour moi un coup de foudre. Je n’avais jamais entendu parler de l’ordonnance qu’elle mentionnait et qui n’avait encore reçu aucune application dans notre contrée ; tous mes confrères ainsi que moi exerçaient leurs fonctions sans autre titre que la permission verbale du curé et du maire de la commune. Qu’était-ce donc que l’autorisation et le brevet dont il était question dans la lettre ? Qu’était-ce donc que ce comité cantonal qui parlait en maître ? Je l’ignorais, mais ce que je comprenais trop bien, c’était qu’une autorité supérieure me donnait l’ordre de fermer mon école et que je serais forcé d’obéir ; je courus communiquer au curé de Berd’huis la terrible lettre de son confrère de Nocé. Il en fut presque aussi terrifié que moi. « Je crois deviner, me dit-il, d’où part le coup, mais ne perdons pas la tête et tâchons de le parer, avant tout nous avons besoin de connaître l’ordonnance dont il s’agit, allez demander au secrétaire de la mairie s’il peut vous la procurer ». Un quart d’heure après je la lui apportais. » (louis-Arsène Meunier, Mémoires d’un ancêtre)

Mémoires d’un ancêtre


« Il y avait une école au chef-lieu de la commune de Dancé (Orne) mais pour s’y rendre de la Chesnaye qui était distante d’un kilomètre, il fallait parcourir des chemins détestables et traverser une vallée souvent inondée dans les temps de pluie. D’ailleurs, l’instituteur, M. Bâche, homme fort estimable du reste, passait pour peu capable ; c’était un pauvre journalier devenu chantre, puis sacristain, puis maître d’école, trois fonctions qu’il cumulait avec celle de secrétaire de mairie ; ce qui ne l’empêchait pas d’être obligé, pour vivre de se louer encore chaque année comme aoûteron pendant la moisson.

Il y avait aussi dans un des hameaux de la commune un instituteur ambulant, mais c’était également un homme peu instruit et en outre sujet à s’enivrer. (louis-Arsène Meunier, Mémoires d’un ancêtre)

"Voici mon brevet d'instituteur monsieur le maire".

Le jeune instituteur ou le prix de la persévérance par Mme Carroy, Chez Caillot, Libraire à Paris, 1834.

Assassinat du duc de Berry.

Un changement d'orientation politique s'établit. La Droite gouverne.


La Commission de l'instruction publique est remplacée en novembre 1820 par le Conseil Royal de l'instruction publique.

La Restauration, qui avait d'abord essayé de détruire l'Université, songeait maintenant à l'absorber â son profit. L'ordonnance du 1er novembre 1820 avait transformé la Commission de l'instruction publique en Conseil royal de l'instruction publique, et, le mois suivant, la présidence de ce Conseil fut donnée à Corbière. La « congrégation » triomphait ; le rapport qui accompagnait l'ordonnance du 27 février 1821 fit savoir à la France que désormais les bases de l'éducation seraient « la religion, la monarchie, la légitimité et la charte ». Nombre de prêtres avaient été successivement introduits dans les principales fonctions de l'Université ; l'abbé Eliçagaray et l'abbé Nicolle étaient membres du Conseil royal. Bientôt la congrégation osa faire un pas de plus : elle voulut que le chef suprême de l'Université fût un prêtre. (Dictionnaire pédagogique de Buisson)

L'Instruction publique, détachée du ministère de l'Intérieur en février 1821, est organisée en ministère indépendant.

Le 1er juin 1822, Mgr Frayssinous est nommé chef de l'Université. Il reprend le titre de grand-maître, et exerce les attributions du président du Conseil royal.

L'ordonnance du 8 avril 1824, remet au clergé l'enseignement primaire. Les évêques autorisent, révoquent, contrôlent les instituteurs. Un certificat d'instruction religieuse leur est imposé.

Les rôles s'inversent ; l'Université, investie en 1816 de la direction de l'enseignement primaire, faisait appel à la coopération de l'Eglise et de l'administration préfectorale ; en 1824, c'est l'Eglise, responsable de l'Instruction primaire, qui sollicite le concours de l'administration et des recteurs.

Les écoles de filles, en dehors de l'Université, échappent à l'ordonnance de 1824.

A partir du 26 août 1824, Mgr Frayssinous devient ministre secrétaire d'Etat des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique, et exerce les fonctions de grand-maître de l'Université.

L'enseignement mutuel est frappé de tous côtés. Il est interdit par le pape Léon XII en 1824. Les rapports entre la Société pour l'Instruction élémentaire et le ministère sont interrompus. Les subventions sont diminuées ou supprimées. Devant les difficultés matérielles, une majorité des élèves admis gratuitement jusqu'ici doivent payer une rétribution. Beaucoup de parents, dans le besoin, les retirent pour les mettre à l'école gratuite des Frères ou des Sœurs qui vient d'ouvrir ses portes. L'Eglise calomnie, jette le doute sur la moralité des maîtres, s'efforce d'éloigner de l'école "du Diable" les enfants des familles catholiques, persécute et menace de les écarter du catéchisme et de la communion. Elle veut briser l'enseignement mutuel. Les maîtres, pour la plupart, abandonnent la méthode pour se rallier à l'enseignement simultané.

Plus d'élèves, plus de maître, les écoles mutuelles disparaissent peu à peu. En 1827, il n'en reste que 258, avec 27000 élèves.

L'Eglise victorieuse, poursuit son œuvre de reconquête en développant les congrégations enseignantes. Le gouvernement leur accorde des crédits. Les associations religieuses de femmes, hospitalières et enseignantes pour la plupart, prolifèrent, ont le monopole des écoles de filles et étendent même leur action dans les campagnes en donnant l'enseignement aux enfants des deux sexes.

Les instituteurs laïcs toujours en poste acceptent docilement la direction ecclésiastique, assistent fidèlement le curé.


Une opposition se fait jour avec de nouveaux "libéraux".

Louis XVIII meurt le 16 septembre 1824.

Gravure de Charlet, chez Gihaut frères éditeurs :

Avant la Révolution !... un enfant ne se serait jamais permis d'appeler son maître Singulier Masculin...

- Le maître d'école de Charlet, 1830.

- La maîtresse d'école de Quesnel, 1830.

  

Mémoires d’un ancêtre


L’ordonnance qui plaçait les écoles primaires sous l’autorité absolue des évêques, qui, bien que rendue du vivant de Louis XVIII, était l’œuvre de Charles X, protecteur de la Congrégation, transférait au clergé l’administration de l’instruction primaire et ne laissait à l’Université que la collation des brevets de capacité, l’autorité spéciale nécessaire pour ouvrir ou diriger une classe émanant de l’évêque diocésain, et c’était lui qui nommait la majorité des membres devant composer les comités chargés de la surveillance des écoles. Le but de la nouvelle législation était évidemment de faire rétrograder l’instruction primaire ; par conséquent, toutes les écoles laïques de quelque valeur avaient à craindre de ne pas recevoir l’autorisation épiscopale ou de la voir retirer, crainte qui n’était nullement chimérique puisque, d’après une statistique dressée plus tard par la Société pour l’instruction élémentaire, le nombre de ces écoles qui furent fermées de 1824 à 1828 ne s’éleva pas à moins de dix-huit cents. (louis-Arsène Meunier, Mémoires d’un ancêtre)

Bilan sur l’état des écoles de la Restauration


La plupart des écoles sont dans un état déplorable quand elles existent.

On est confondu de l’ignorance des instituteurs. Certains ne savent pas ce qu’ils sont chargés d’enseigner ; ils n’en savent pas plus que leurs élèves. Beaucoup sont sans brevet et hors d’état de subir l’examen. Ils ne comprennent pas ce qu’ils lisent ; quelques uns même ne savent ni lire ni écrire, leur école n’est qu’un gardiennage. Certains sont infirmes, estropiés ou manchots pour qui cette incapacité physique a été la seule vocation à l’état d’instituteur. Ils vivent des rétributions scolaires, l’hiver car l’été le travail au champ fait fondre les effectifs. Ils complètent ce maigre revenu en faisant un autre métier. Ils sont sabotiers, cordonniers, fermiers, cabaretiers,… ou ont des activités complémentaires comme bedeau, chantre, fossoyeur ou sonneur de cloches ou pour les plus heureux secrétaires de mairie. Il n’est pas rare de voir la classe chômer pour un enterrement, pour un mariage, pour une fosse à creuser ou simplement pour une volée de cloches à sonner. Très peu de communes ont une maison d’école ; c’est l’exception. L’école se fait dans un cabaret, sous le porche de l’église, dans une cave ou dans une écurie pour avoir plus chaud. Souvent c’est simplement la maison de l’instituteur.



Tableau de l'instruction primaire en France, par P. Lorain


La lecture, une écriture souvent mauvaise, quelquefois les quatre règles ; c'est là tout le savoir des instituteurs. (Haute-Loire, cant. De Craponne et de Vorcy,197)

Les écoles, à très-peu d'exceptions près, sont mal tenues et n'offrent que de tristes résultats ; les enfants y végètent pendant un nombre d'années considérable, et ils en sortent, n'ayant qu'une instruction très-insuffisante, même les choses les plus simples. On n'y trouve qu'une malheureuse routine, suivie servilement par des instituteurs inhabiles ou négligents, qui ne connaissent que très imparfaitement les bonnes méthodes, qui ne veulent pas prendre la peine de les étudier et de les mettre en usage. Une lecture maussade, une écriture informe, quelques opérations d'arithmétique machinalement faites par des enfants qui, vrais automates, opèrent sans intelligence, sans connaissance aucune des procédés, voilà où se borne l'enseignement. (Aveyron, arr. d'Espalion, 197)

Dans presque toutes les communes, l'instituteur est tout à la fois secrétaire de la mairie, chantre et sacristain, de sorte que, s'il survient une inhumation, un baptême ou un mariage, il est fort souvent obligé de quitter sa classe pour s'y rendre, (arrondissement de Nogent-le-Rotrou 238)

fonctions auxquels il joint celles de sonneur, de balayeur d'église, de blanchisseur de linge et quelquefois même d'appariteur. (Arr. de Mirecourt dans les Vosges 238)

L'école mutuelle


En 1820, plus de 1500 écoles se disent mutuelles ; elles accueillent 170 000 élèves. De cette éclatante réussite, l'Eglise et ses congrégations ne tardent pas à prendre ombrage. Le décor est planté pour la première "guerre scolaire" de notre histoire contemporaine, car l'affaire a des prolongements politiques. Face à l'église et aux ultras, l'opinion libérale est solidaire de l'école mutuelle. Avec l'accession des ultras au pouvoir en 1820, le contrôle du clergé sur l'enseignement primaire se renforce. L'enseignement mutuel en fait les frais ; il ne lui reste bientôt plus que 250 écoles. Le ministère libéral de Vatimesnil en 1828, puis la révolution de 1830 semblent lui promettre un avenir meilleur ; dès 1832, la Société revendique à nouveau près de 1 500 écoles. Pourtant, la vogue de la méthode mutuelle touche à sa fin.

Guizot et ses conseillers doutent, en effet, de sa réelle efficience pédagogique. A côté d'incontestables réussites, trop nombreux sont les exemples de maîtres, insuffisamment formés, qui échouent à mettre en œuvre de façon satisfaisante une méthode aussi complexe. Quelques mois après sa loi de 1833, véritable acte de naissance de l'école primaire publique, le ministre libéral tranche en faveur de la méthode simultanée. (Yves Gaulupeau)

  

Gravure de Charlet, litho de Gihautt frères éditeurs,

Rindzinglin, . Rindzinglin, Rindzinglin,

Enfoncés, enfoncés

La boutique et le savetier

Frères coupe choux

On n'veut plus d'vous

C'est fini pour les z'hibous !

Rindzinglin… . Rindzinglin… Rindzinglin…

  

Comment a été fondée la vaillante maison, foyer d'idées libérales, centre de propagande pour le triomphe de la fière formule scolaire : laïcité, gratuité, obligation ? La chose, quoique connue, mérite d'être rappelé. C'était avant Waterloo. L'instruction primaire, préconisée par les Condorcet, par les Lakanal, avait été délaissée par l'Empire. Le grand Carnot qui disait : "Il faut l'éducation du peuple pour la conservation de la liberté," voulut hâter la renaissance de la liberté disparue, par la renaissance des écoles. Aidé de philanthropes : J.B. Say, de Gérando, Cuvier, Hachette, il organise  la Société pour l'instruction élémentaire. A peine en eut-il rédigé les statuts, à peine lui eut-il tracé son rôle, eut-il défini sa mission, qu'il partit pour l'exil. Il ne put la mener au combat et au succès contre l'ignorance. Mais, pour elle aussi, pour la milice enseignante qu'il mettait en ligne contre les erreurs et l'obscurantisme, il avait organisé la victoire.

Dures furent les années de lutte sous la Restauration. Le clergé ultramontain fit mille efforts pour entraver son œuvre. En 1831, elle est reconnue d'utilité publique. (Autour de l'Education populaire, Edouard Petit)


Elle est la doyenne des associations populaires.

Règlement de la Société

Maître d'école dauphinois.

Descendant des Alpes, ils se rendent dans les villes pour se proposer comme maître d'école. Les trois plumes fichées sur leur chapeau ont une signification précise ; Une plume indique qu'ils enseignent la lecture seulement, deux plumes la lecture et l'écriture et trois plumes, la lecture, l'écriture et le calcul limité aux quatre opérations.


"A l'entrée de l'hiver, nous voyons arriver quelques pauvres Piémontais avec leurs queues de Prussiens, leurs longs habits et leurs bas bleus se disant maîtres d'école et étant, de vrai, autorisés et brevetés de Monseigneur. Ils viennent de temps immémorial apprendre à lire à nos enfants. Ils leur enseignent aussi un peu de catéchisme. Au bout de huit ou dix ans, c'est le moins, les enfans commencent à lire le DioRoi, c'est ainsi qu'ils appellent un petit livre imprimé chez un certain Rusaud à Lyon et qui a pour titre Dieu et le Roi. Après, leur éducation est à peu près achevée. Le curé, un mois ou deux avant Pâques, les rassemble dans l'église, leur fait le catéchisme. Enfin arrive la première communion, et c'est affaire faite. Voilà tout l'enseignement moral, civil et religieux de nos pays."  (déclaration du recteur de Grenoble)

  

Certificat de bonne conduite

Illustrations de Théophile Schuler dans les Contes et romans alsaciens : Les papiers de Madame Jeannette, d'Erckmann-Chatrian, J. Hetzel et Cie, éditeurs.

Brevet de capacité

L'ordonnance de 1816 qui marque un progrès réel sur la législation antérieure, est l'œuvre de trois hommes : Georges Cuvier, un savant, protestant, auteur d'un rapport sur les écoles hollandaises fait à l'Empereur, membre de la Commission de l'Instruction publique ; Ambroise Rendu, ami de Fontanes, fervent catholique, inspecteur général ; le baron de Gérando, conseiller d'Etat, animateur de la Société pour l'Instruction élémentaire.

L'ordonnance du 29 février 1816, première charte de l'école primaire, demande aux communes de se doter d'une école et d'assurer l'instruction gratuite des enfants indigents. Aucune sanction n'est prévue contre les communes défaillantes, l'obligation est simplement morale.

Pour exercer, il est exigé un brevet de capacité aux maîtres d'école et un certificat de bonne conduite du curé et du maire de la commune. Les trois degrés du brevet élargissent les connaissances exigées de l'instituteur et par la-même son enseignement. Aucune circulaire ne fixe de façon précise les conditions et modalités des épreuves.

Pour ouvrir une école, l'instituteur doit se munir auprès du recteur d'une autorisation spéciale d'exercer délivrée pour un lieu déterminé.

La surveillance des écoles est confiée à un Comité gratuit et de charité pour surveiller et encourager l’instruction primaire,  composé du curé cantonal, le juge de paix, le principal du collège et de trois ou quatre membres choisis par le Recteur de l’Académie.

Chaque école aura, pour surveillants spéciaux, le curé ou desservant de la paroisse et le maire de la commune où elle est située. Les maîtres d’école sont livrés sans aucune garantie à ces surveillants et à ces comités, qui disposent arbitrairement de leur sort.

Alors que l’Empire n’avait autorisé qu’une seule congrégation, celle des écoles chrétiennes, la Restauration multiplie les congrégations religieuses. Le recrutement des instituteurs se fait essentiellement dans celles-ci car elles seules peuvent fournir des instituteurs aux communes. Leur nombre s’accroit et devient considérable. (Voir page Congrégations religieuses)

L'ordonnance reste silencieuse sur l'enseignement des filles, sur la formation des maîtres et sur le financement des dépenses scolaires.


Pour la première fois, l'Etat organise les écoles primaires.

Malgré les attaques dont elle est l'objet, l'Université conserve le monopole de l'enseignement ; elle autorise, révoque, contrôle les instituteurs.

L'église qui reprend peu à peu, son ancien pouvoir sur l'école, montre de l'hostilité à l'ordonnance de 1816, attendant du Roi qu'il lui délègue la mission d'assurer l'éducation du peuple.

Dans une circulaire du 27 juin 1816, la Commission de l'Instruction publique rappelle que la méthode mutuelle est du nombre de celles qu'il est permis d'utiliser dans les écoles primaires mais précise qu'il est particulièrement nécessaire que dans celles qui sont fréquentées par des enfants catholiques le chef soit catholique et qu'il n'y emploie de livres de religion que ceux qui auront été régulièrement autorisés à l'usage du diocèse.

Après le départ du professeur Martin (maître protestant), le préfet de la Seine, le comte de Chabrol, crée une école normale, et place Nyon, auteur du Manuel pratique ou Précis de la méthode d'enseignement mutuel, à la tête de cet établissement ouvert le 21 août 1816 au n° 4 de la rue Carpentier.

La Société pour l'Instruction élémentaire assure à ses maîtres une rémunération honorable et pour les encourager, elle institue des récompenses.

Dans sa séance du 22 juillet 1817, la Commission de l'Instruction publique  décide d'établir une école modèle d'enseignement mutuel dans chacune des Académies de Caen, de Rouen, Orléans, Metz, Nancy, Dijon, Bourges, Clermont, Cahors, Montpellier, Aix et Pau. Les instituteurs chargés de diriger ces écoles seront choisis parmi les personnes qui ont suivi le cours normal de Paris, ou les cours des écoles-modèles déjà formées.

Beaucoup d'écoles se fondent entretenues financièrement par la Société pour l'Instruction élémentaire, ou subventionnées par un conseil municipal, ou alimentées sur les fonds d'un bureau de bienfaisance, ou par un donateur. Ces subventions permettent souvent à l'école d'être gratuite.

La Société pour l'Instruction élémentaire s'intéresse à la composition de manuels : livre de lecture, de morale, d'arithmétique, de géographie. Elle organise pour cela des concours et crée en 1818 une commission chargée de la publication des manuels scolaires.

Elle enrichie ensuite le programme légal de l'enseignement primaire par l'introduction du dessin, de la musique et du chant.

- Médaille de bronze de la Société pour l'Instruction élémentaire, décernée à la soeur Assomption, institutrice communale à Montmorillon (Vienne), 1861

La loi Gouvion Saint-Cyr du 10 mars 1818, dispense du service militaire les instituteurs qui contractent l’engagement de se vouer pendant dix ans au service de l’enseignement ( le service militaire dure six ans).

C'est le seul avantage sérieux, susceptible d'attirer les jeunes.

La Commission de l'instruction publique décide le 15 juin 1818, pour stimuler le zèle des maîtres et introduire entre eux une émulation salutaire, qu'il sera distribué dans chaque Académie du Royaume, deux médailles en argent et quatre en bronze aux instituteurs qui se seront distingués par la meilleure tenue de leur école, les progrès des élèves et la supériorité des méthodes d'enseignement.

Les Comités cantonaux font preuve de négligence, d'inertie, parfois d'hostilité. Le curé président s'abstient de convoquer le comité ou refuse de correspondre avec le Recteur. A part les juges de paix qui sont fonctionnaires, les notables se désintéressent le plus souvent de leur attribution. Pour améliorer la situation, un arrêté du 3 juillet 1818 substitue les juges de paix aux curés défaillants comme présidents et astreint les comités à tenir au moins une réunion mensuelle.

Les deux surveillants spéciaux sont réservés à l'égard de l'ordonnance car ils ne sont plus les seuls maîtres de l'instituteur. A leurs yeux, le bon maître est celui qui se montre soumis aux ordres qui lui sont donnés, qui s'acquitte avec conscience de ses fonctions de secrétaire de la mairie, qui sert la messe, chantre aux offices, sonne l'Angélus, et est fidèle à son curé. Maire et curé font le silence autour de l'école, s'entendent pour ne présenter aucun rapport. Par contre si le maître est un esprit indépendant et soucieux avant tout d'enseignement, s'il refuse les services, alors il devient vite indésirable et on s'en débarrasse en ouvrant une école rivale. S'il arrive que les deux surveillants soient en en conflit, il ne peut rester neutre et reçoit les foudres de l'autre. Les maires, soucieux de se faire apprécier de l'administration poussent à la création d'écoles communales, à l'attribution au maître d'un logement, d'un traitement pour les indigents, mais la plupart des conseillers municipaux ne voient pas l'avantage qu'ils peuvent en retirer. 

Au début de 1818, les Frères des Ecoles chrétiennes cessent de reconnaître l'autorité de l'Université et ne sollicitent plus ni autorisation ni brevet. Le ministre de l'intérieur frappe alors les écoles des Frères de fermeture. Le Roi pour apaiser le conflit remplace à l'Intérieur Lainé par Decazes, plus souple. Un accord est conclu en février 1819 et les frères peuvent recevoir le brevet sur le vu de la lettre d'obédience délivrée par le Supérieur général qui les place ou change à sa convenance.

Par la circulaire du 3 juin 1819, l'ordonnance de 1816 est étendue aux écoles de filles, mais elles restent maintenues en dehors de l'Université. Les brevets de capacité ne sont que de deux degrés : deuxième degré , lire, écrire et chiffrer ; premier degré, les principes de la religion, la lecture, l'écriture, les quatre premières règles de l'arithmétique, celles de trois et de société et les éléments de la grammaire.

Comme pour les frères des Ecoles chrétiennes, les préfets délivreront aux maîtresses congréganistes, brevet et autorisation sur la simple présentation de leur lettre d'obédience des supérieures de la congrégation.

Pour diminuer les différences sensibles dans le jugement des candidats portés par les examinateurs  des brevets de capacité, la circulaire du 14 novembre 1820, prévoit la création de feuilles d'examen qui contiennent le détail des connaissances exigées pour chacun des trois brevets. Pour une garantie contre toute supposition de personne, les candidats doivent apposer leur signature au bas de la feuille d'examen et du brevet.

Les établissements de formation des maîtres se développent : les congrégations ont leurs noviciats ; la Société pour l'Instruction élémentaire organise ses Cours normaux ; les premières Ecoles normales d’instituteurs après celle du Bas-Rhin se fondent dans le Loiret, la Moselle, la Meurthe, les Vosges, la Corse, la Côte-d’Or, et la Seine-Inférieure.

En 1820, les écoles mutuelles sont plus de mille et le nombre des écoles de Frères a quadruplé. L'instruction primaire profite de la lutte des parties des "Ultras" et "libéraux". Dans beaucoup de communes où personne ne songeait auparavant à établir d'école, on a voulu en avoir uniquement parce qu'une partie des habitants voulait en avoir de l'autre espèce, dit Georges Cuvier.

Médaille de bronze de la Commission de l'Instruction publique, prix décerné aux instituteurs primaires.

Gravure de Charlet, chez Gihaut frères éditeurs,

Frère !! faites donc finir l'Ecole mutuelle

Y nous fichent des grands dissimes coups de pieds

Et nous appellent Cornichons !!

- Simon de Nantua ou le marchand forain, ouvrage qui a obtenu, en 1818, le prix proposé par la Société pour l'instruction élémentaire, en faveur du meilleur livre à l'usage des habitans des villes et des campagnes, par Laurent de Jussieu, chez Louis Colas, Libraire de la Société pour l'Instruction élémentaire, rue Dauphine, n°32, 1844.

Les "Ultras" reviennent au pouvoir.


Le 8 août 1829, le cabinet Polignac réunit de nouveau l'instruction publique aux affaires ecclésiastiques ; les deux derniers grands-maitres de l'Université, sous la Restauration, M. de Montbel et M. de Guernon-Ranville, portent, comme Mgr Frayssinous, le titre de ministres des affaires ecclésiastiques et de l'instruction publique.

Dans la lignée de Vatimesnil, Guernon-Ranville ne fait pas la politique attendue par les "ultras". Il cède cependant à l'Eglise le 6 janvier 1830 la surveillance des institutrices congréganistes qui étaient confiées à l'Université en 1828.

Mis au point avec Rendu, très critiquée par Polignac, il parvient à faire signer au roi l'ordonnance du 14 février 1830. Contrairement aux précédentes ordonnances avant tout répressives, celle-ci s'intéresse d'abord aux maîtres, à leur recrutement, à leur vie matérielle et à leur formation. Cette ordonnance place Guernon-Ranville à côté de Gérando, Rendu, Laborde, Vatimesnil, au premier plan des serviteurs de l'instruction populaire sous la Restauration.

La disparition de la Restauration, balayée par l'émeute de juillet, empêche son application.

Certaines dispositions seront reprises par Guizot, d'autres aboutiront sous le Second Empire et seront consacrées par la Troisième République.

Guide des Ecoles primaires contenant 1° Toute la législation nouvelle divisée par ordre de matières, et coordonnée de manière à faciliter les recherches ; 2° Des instructions sur le choix des meilleurs méthodes d'enseignement ; 3° Un règlement général des écoles. Par un recteur d'académie, ouvrage approuvé par le Conseil royal, cinquième édition, Librairie Classique et Elémentaire de L. Hachette, rue Pierre Sarrazin, n°12, 1834.

Le guide est publié par le recteur de Nancy Soulacroix. Le ministre remercie le recteur du service qu'il rend à l'instruction élémentaire, il achète 500 exemplaires et les fait distribuer dans les académies.

  

- Une école de filles, à l'époque de la Restauration. Lithographie de Eug. André, d'après le tableau de Mallet.

Denis-Antoine-Luc, comte Frayssinous

Frayssinous né le 9 mai 1765 à Curières (Rouergue) et mort le 12 décembre 1841 à Saint-Geniez-d'Olt (Aveyron), est un évêque et homme politique français, orateur et écrivain.

Ordonné prêtre en 1789, à la Révolution il se retire dans le Rouergue et continue à y célébrer des messes dans la clandestinité. En 1800, il rentre à Paris pour enseigner la théologie au séminaire Saint-Sulpice. Il y débute son cycle annuel de conférences qui seront publiées en 1825 sous le titre Défense du christianisme. En 1809, Fontanes, qui le protège, le nomme inspecteur de l'académie de Paris. Après la chute de l'empire, lorsque l'ordonnance du 15 août 1815 institue une Commission de l'instruction publique à laquelle sont remis les pouvoirs précédemment exercés par le grand-maître de l'Université, Frayssinous est nommé l'un des cinq membres de cette commission. Mais il démissionne l'année suivante, se trouvant en conflit avec Royer-Collard, et se consacre de nouveau à la prédication. C'est à cette époque qu'il remporte ses plus brillants succès d'orateur : aussi en 1821 Louis XVIII le nomme-t-il à la charge de grand-aumônier. Il est nommée évêque le 19 avril 1822. Le 1er juin 1822, une ordonnance royale rétablit la charge de grand-maître, et y nomme « le sieur abbé Frayssinous, notre premier aumônier ». La même année, l'abbé Frayssinous est fait comte, grand-officier de la Légion d'honneur, pair de France, évêque in partibus d'Hermopolis. et devient membre de l'Académie française.

Il est ministre des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique (1824-1827) dans le gouvernement ultra de Villèle, et ministre des Cultes dans le gouvernement de Jean-Baptiste de Martignac. Il institue l'agrégation spéciale de philosophie en 1825.

La lettre d’obédience


La définition administrative de la lettre d'obédience est celle-ci : « Ordre donné à un congréganiste, par son supérieur, de se rendre dans une commune pour y prendre la direction de l'école ».

  

Mémoires d’un ancêtre


Le Cours normal était établi rue Carpentier, espèce de ruelle infecte près de Saint-Sulpice. Il était dirigé par M. Sarrazin, ancien instituteur. M. de Gérando y faisait des conférences qu'il a publiées depuis., M. Jomard y enseignait une sténographie de son invention, et M. Verdit y donnait des leçons d'écriture.

M. Sarrazin se bornait à faire exécuter les évolutions et signaux de la méthode sans expliquer ni la raison, ni le but de ce mécanisme.

M. de Gérando débutait ses discours d'une vois si monotone et d'un air si langoureux que bientôt toute la clase, excepté quelques natures résistantes, était plongée dans un profond sommeil.

M. Jomard, au contraire, faisait ses leçons tout en colère, et à force de crier et tempêter les rendait inintelligibles.

M. Verdit, inventeur de l'ellipse métrique, forme génératrice de toutes les lettres de l'alphabet, montrait à tracer cette fameuse ellipse par principes.

Les élèves que je trouvai au Cours normal, au nombre de 30 à 40 étaient, pour la plupart, des déclassés qui n'avaient rien, même dans leur tenue extérieure, de l'instituteur – ce qui explique pourquoi les écoles mutuelles sont tombées presque partout.

Le cours durait trois mois… (louis-Arsène Meunier, Mémoires d’un ancêtre)

Lazare Carnot

Lazare Nicolas Marguerite Carnot, né à Nolay le 13 mai 1753 et mort en exil à Magdebourg le 2 août 1823, est un mathématicien, physicien, général et homme politique français.

Membre du Comité d'instruction publique de l'Assemblée législative (1791-1792), il participe, avec Gaudin, Gibergues et Romme, à la rédaction du décret qui supprime les congrégations séculières. Vingt-trois ans plus tard, devenu ministre de l'intérieur durant les Cent-Jours, il donne son appui personnel à la Société pour l'instruction élémentaire, qui s'est constituée à la suite d'un rapport lu, le 29 mars 1815, par le baron de Gérando à la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. Il crée au ministère de l'intérieur un Conseil bénévole d'industrie et de bienfaisance, dont la première séance a lieu le 13 avril, et qui s'occupe, en première ligne, de l'introduction en France de la méthode d'enseignement mutuel. Le 27 avril, il adresse à l'empereur un rapport étendu sur les réformes à réaliser dans l'enseignement primaire (inséré dans le Moniteur du 30 avril 1815), à la suite duquel est rendu le même jour un décret célèbre, portant que notre ministre de l'intérieur appellera auprès de lui les personnes qui méritent d'être consultées sur les meilleures méthodes d'éducation primaire et qu'il sera ouvert à Paris une école d'essai d'éducation primaire,

Ces mesures reçoivent un commencement d'exécution : une Commission consultative où siégent MM. de Laborde, de Lasteyrie, de Gérando, Jomard, Frédéric Cuvier, l'abbé Gaultier, est constituée ; des devis sont dressés et approuvés par le ministre, une maison d'école est louée dans le faubourg Saint-Marceau ; plusieurs tableaux de lecture, d'écriture et de calcul sont soumis à l'examen de la Commission.

A l'avance, Camot prépare un second projet de décret pour faire jouir tous les départements des avantages des nouvelles méthodes.

Le canon de Waterloo empêche l'exécution des projets de Camot. L'ordonnance du 24 juillet 1815 oblige l'ex-ministre, frappé comme régicide, à s'expatrier. En 1889, les restes de Lazare Camot sont ramenés de Magdebourg à Paris et déposés au Panthéon.

  

Lettre d'obédience