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 Pédagogie

- Plan pour une école de trois cent cinquante élèves. Il a soixante-deux pieds de long sur vingt-sept de large, contient vingt-deux corps de menuiserie, de seize élèves chaque. Quatorze pieds ont été pris dans la longueur pour les passages et la table du maître.

Guide des fondateurs et des maîtres pour l'établissement et la direction des écoles élémentaires basées sur l'enseignement mutuel, chez Colas à Paris, 1816.

L'Ecole mutuelle

"Le principe de l'enseignement mutuel consiste dans la réciprocité de l'enseignement entre les écoliers, le plus capable servant de maître à celui qui l'est le moins »

(Joseph Hamel, L'enseignement mutuel, 1818)


 « La méthode au moyen de laquelle une école tout entière peut s'instruire elle-même, sous la surveillance d'un seul maître » (André Bell)

  

Les origines


Les maîtres ont fait appel de tout temps au concours de leurs élèves les plus âgés, soit pour surveiller, soit pour instruire les plus jeunes ; aussi, sans trop forcer les textes, a-t-on pu reconnaître jusque dans la plus haute antiquité des traces de l'enseigne-mutuel.

En France, dès le commencement du dix-huitième siècle, Mme de Maintenon fait pratiquer ce procédé à Saint-Cyr. Roltin le mentionne comme un expédient utile. Les Frères des Ecoles chrétiennes, qui le combattent sous la Restauration, ont dès l’origine de leur institut leurs inspecteurs et leurs officiers, lesquels ressemblent beaucoup aux moniteurs ; les écoles paroissiales de Paris et des grandes villes en ont aussi. Cinquante ans avant que Bell est rapporté des Indes en Angleterre le monitorial System, Herbault l'a appliqué aux enfants de l'hospice de la Pitié (1747). Plus tard, le chevalier Pawlet l'expérimente avec succès dans son établissement d'orphelins militaires (1774). Mais c'est Lancaster qui le premier, en 1801, donne au système monitorial une forme définitive, et c'est sous le nom de méthode lancastrienne que le procédé pénètre dans notre pays, en 1815, sous le patronage de la Société de l'instruction élémentaire. (Dictionnaire pédagogique de Buisson)

  

Le local


Une classe d'enseignement mutuel, dit le manuel de la Méthode d'enseignement mutuel de Sarrazin (Sarrazin, instituteur, dirige le premier Cours normal d'enseignement mutuel établi à Paris), doit avoir la forme d'un carré long, d'une longueur à peu près double de sa largeur. Dans une salle d'une vingtaine de mètres de longueur, le plafond devra être élevé de 5 à 6 mètres, pour qu'elle puisse contenir la masse d'air nécessaire à la respiration des élèves.

Ce sont des longs et vastes vaisseaux qui contiennent une école entière. Au milieu de la salle, dans toute la longueur, des rangées de tables, de 15 à 20 places chacune, portant à l'une des extrémités (celle de droite) le pupitre du moniteur et la planchette des modèles d'écriture, surmontée elle-même d'une tige ou télégraphe, qui sert à assurer, par des inscriptions d'une lecture facile, la régularité des mouvements ; sur les côtés, et tout le long des parois, des séries de demi-cercles autour desquels se répartissent les groupes d'enfants ; sur les murs, à hauteur du regard, un tableau noir où se font les exercices de calcul et auxquels sont suspendus les tableaux de lecture et de grammaire ; tout à côté, à portée de la main, la baguette dont s'arme le moniteur pour diriger la leçon ; enfin, au fond de la salle, sur une vaste et haute estrade, accessible par des degrés et entourée d'une balustrade, la chaire du maître, qui, s'aidant tour à tour, suivant des règles déterminées, de la voix, du bâton ou du sifflet, surveille les tables et les groupes, distribue les encouragements et les réprimandes, et règle, en un mot, comme un capitaine sur le pont de son navire, toute la manœuvre de l'enseignement.  (Octave Gréard)


Le sol doit être en terre battue avec de la chaux ou du salpêtre, sur un fond de mâchefer. Ainsi les ardoises se cassent moins en tombant et l'on prévient l'humidité ainsi que le bruit.

La cour est un terrain clos, couvert d'un côté afin de mettre à l'abri les enfants de quartiers éloignés qui demeurent dans l'intervalle d'une séance à l'autre.

Les moniteurs


L'enseignement mutuel ne peut se soutenir dans les écoles très peuplées qu'à la condition que l'autorité soit partagée entre un grand nombre de mains. De là, les diverses catégories de moniteurs et leur hiérarchie savante. Il y a des moniteurs généraux, dont le nombre peut aller jusqu'à quatre ; des moniteurs particuliers, dont le cadre est indéterminé ; et comme chaque exercice, écriture, lecture, arithmétique, a ses moniteurs particuliers, il est bien rare qu'un enfant intelligent n'obtient pas quelque part sa place de commandement. Il y a, en outre, les moniteurs adjoints ou occasionnels, dont le rôle consiste à remplacer les titulaires empêchés. Il y a enfin les conducteurs, qui sont comme les sous-officiers des moniteurs. Chacun de ces dignitaires a ses privilèges distinctifs et bien en vue. Le bureau des moniteurs généraux est sur l'estrade, où ils entourent le grand bureau du maître, comme des satellites leur planète. Les moniteurs particuliers siègent au bout des tables, au pupitre d'honneur, d'où ils exercent leur surveillance et font jouer les télégraphes. Les conducteurs président à la sortie de l'école et veillent à ce que chacun rentre tranquillement dans sa demeure ; défense leur est faite de frapper ou de menacer les indisciplinés, mais ils sont chargés de noter les incidents et, le lendemain, ils font leur rapport. Un ordre absolu préside à l'accomplissement de toutes ces fonctions. Aucun déplacement, aucune marche ne peut avoir lieu sans qu'un chef quelconque, moniteur général, moniteur particulier ou conducteur, ne prenne la tête de la colonne, la main posée sur le premier du rang et tenant, pour ainsi dire, la chaîne de sa petite escouade.


Le grand ressort de l'école mutuelle, c'est le moniteur. Le plus grand nombre des élèves ne connaissent d'autre maître que le moniteur. C'est par lui, par son intermédiaire, que le maître voit, parle, agit. La grande affaire est donc d'avoir de bons moniteurs, et tous les soins sont pour eux. L'école ne s'ouvre à tout le monde qu'à 10 heures. De 8 à 10 heures, il y a la classe des moniteurs. Malheureusement, l'objet spécial de cette classe en détermine forcément la direction et l'esprit. L'intérêt du maître est de former promptement un bon instrument ; quant à l'élève, il s'agit moins d'apprendre à fond et pour lui-même que d'apprendre vite et pour les autres. Même dans une élite, il y a nécessairement des aptitudes diverses et des degrés divers d'aptitudes. Au lieu de chercher à faire profiter les moniteurs de leurs avantages réciproques et de les entraîner dans ce grand courant d'émulation générale qui, sous une direction commune, finit par soulever tout le monde, on partage la classe en groupes, et les moniteurs ont eux-mêmes leurs moniteurs. On ne se préoccupe pas de l'équilibre du développement des facultés ; on tire parti des dispositions dominantes de chacun : tel appartient au groupe de la grammaire, tel autre à celui du calcul. Le travail est divisé, morcelé, spécialisé, sans ensemble ni unité. La parole du maître, la seule qui soit vivifiante, touche les élèves-moniteurs tour à tour, jamais ensemble, ou très rarement. Bien plus, une grande partie des deux heures de classe est consacrée à la récitation de la théorie des procédés normaux de l'école mutuelle. Il faut, avant tout, dresser les moniteurs au métier. Ce n'est que bien tard, quand l'enseignement mutuel commence à sortir de sa voie propre, que les règlements du Comité central pour la classe des moniteurs (29 avril, 29 octobre et 25 novembre 1835) sont modifiés dans la pratique des bonnes écoles, et que chaque moniteur doit suivre les exercices d'un groupe dans toutes les matières de l'enseignement. (Octave Gréard)

Les procédés


Les ordres se transmettent par quatre moyens, 1° la voix, 2° la sonnette, 3° le sifflet, 4° les signes.

On privilégie les signes qui ont l'avantage d'être silencieux.

Les commandements communiqués par la voix doivent être brefs, uniformes, fermes et dégagés de tout langage ou accessoire superflu.

La sonnette s'emploie pour appeler l'attention, pour recommencer un exercice mal exécuté, ou pour mettre les mains sur les genoux, etc.

Le sifflet, pour imposer silence, faire dire par cœur, cesser la lecture, suspendre la marche des enfants, etc.

Les signes imitent les mouvements qui doivent être faits. Exemple : Otez chapeaux – on simule ce mouvement.


On compte avant tout sur les procédés, et il est vrai que la discipline se prête mieux que l'enseignement à l'application des procédés.On admire beaucoup le mécanisme minutieusement réglé de tous ses mouvements, son animation silencieuse. Voyez, dit le Manuel, voyez comme le moindre geste est saisi. Le plus léger coup de sonnette ou de sifflet produit un effet magique. Dans les marches, personne ne tourne la tête, et l'on n'entend qu'un bruit sourd produit par le pas cadencé des élèves.

Ces ordres donnés et exécutés à la muette assouplissent assurément les élèves à l'obéissance. Mais en ont-ils la véritable intelligence, celle qui résulte du sentiment d'un devoir bien compris? Et si ces marches qui coupent incessamment les exercices de l'enseignement sont d'excellentes leçons d'ordre en même temps que d'utiles délassements de gymnastique, ne leur concède-t-on pas bien du temps et de la place dans des journées de travail déjà si courtes, la classe des moniteurs réduisant à quatre heures la durée des classes ordinaires?  (Octave Gréard)


  

Matériel ou mobilier


Le souci d'économie est l'une des caractéristiques fondamentales de l'enseignement mtuel. Le mobilier reste donc très sommaire jusqu'à la IIIe République.


L'estrade doit être environ de 0,65 m de hauteur, 5 mètres de longueur et 2 mètres de largeur. On accède par plusieurs marches à la table du maître en sapin de dix à douze pieds de long et de trois pieds et demi de large. Elle a deux tiroirs fermant à clef. Dessus est placé un vaste pupitre sur lequel écrit le maître, fermant aussi à clef. Il renferme tous les petits objets mobiles qu'on range après la classe ( l'argent, les billets de récompense, la sonnette, le sifflet, les méthodes d'écriture, les cahiers des enfants, les registres, les crayons, les petits tableaux, les porte-crayons, les plumes, canifs, etc.)

Dans ce pupitre est placée une boite longue de dix-huit pouces, large de neuf, haute de deux, fait de sapin ou de carton, divisée en trois. La première partie renferme les billets de récompense, la seconde contient les billets de moniteurs et d'examen, la troisième reçoit les crayons et la recette.

Un tronc placé à côté de la porte permet aux visiteurs, pour encourager les enfants, de déposer quelques récompenses.


La pendule semble indispensable, car les heures des travaux sont déterminées avec une telle précision que le moniteur général, ou le maître, doivent la consulter sans cesse.

La classe est chauffée à l'aide d'un ou deux poêles, et même davantage, selon son étendue.


Une armoire sert de magasin pour renfermer et classer divers objets, tel que ardoises, tableaux, baguettes, marques, livres, papiers, etc.


Des bancs sont disposés transversalement au milieu de la salle, les uns à la suite des autres, mais séparés par les tables ou pupitres qui sont des espèces de bancs plus élevés, sur lesquels s'appuient les enfants lorsqu'ils écrivent ; ils servent aussi d'appui aux ardoises, aux cahiers ; et, dans la première classe, ils reçoivent le sable dont on fait usage. L'ensemble est tourné vers la tête de l'école, afin que le maître porte facilement sa vue sur tous les disciples, et que ceux-ci aient toujours la face du maître. La longueur des tables et des bancs est proportionnée à la largeur de la salle, de telle sorte qu'il y ait au moins trois pieds et demi entre eux et les murs. L'espace occupé par un enfant assis est de quatorze pouces.

Les bancs et pupitres sont faits de planches très ordinaires, fixées avec de gros clous. Les bancs n'ont pas de dossier : c'est un luxe superflu !

Les tables de la première classe sont divisées en deux parties, l'une a trois pouces, l'autre six. Celle de trois pouces sert à appuyer le bras des enfants, et celle de six contient le sable ; seule cette partie est peinte en noir. Elle est construite à l'aide de lattes de bois de six lignes de hauteur placées sur toute la longueur de la table. A chacun des deux bouts se trouve un autre rebord transversal de neufs pouces de long sur neuf lignes de haut et cinq ou six d'épaisseur, qui arrête le sable lorsqu'il est poussé par le rabot. Au bout de droite de la table un enfoncement avec une fente laisse passer l'excédent de sable qui est poussé par le rabot et qui tombe dans un tiroir. Pour remettre du sable sur les tables, le moniteur tire le tiroir. Pour égaliser le sable, on fait glisser d'un bout à l'autre de la table, le rabot en bois surmonté d'une poignée.

Les pupitres des autres classes sont inclinés d'un pouce. Ceux de la huitième classe sont percés de trous dans lesquels on met des encriers de plomb, à rebords renversés et cloués sur la table, un pour deux enfants.

Les pupitres des sept dernières classes ont à l'extrémité de droite un tiroir pour contenir les crayons et porte- crayons. Sur leur rebord postérieur et en face de chaque élève, des petits clous servent à suspendre les ardoises.

Sur la droite des enfants et à l'extrémité du premier pupitre de chaque classe, excepté de la première, est fixé un porte-tableau ou poteau de quatre pieds et demi de hauteur sur six pouces de large, qui sert à suspendre, côté pupitre, les tableaux de dictée, en dehors, les cinq à six espèces de marques qu'on emploie comme moyen de punition.

Au même endroit,  un bâton rond de cinq pieds de haut passe par deux trous percés en haut et en bas du pupitre est surmonté d'une planchette que l'on désigne sous le nom de télégraphe. Comme le télégraphe tourne sur son axe, on dirige l'une ou l'autre face de la planchette du côté du maître. Sur l'une des faces est inscrit le numéro de la classe (de 1 à 8) ; sur l'autre, la mention EX (examiner) remplacée vers 1830 par COR (correction). On les déplace en cas d'augmentation ou de diminution du nombre des élèves. Dès qu'un exercice est terminé, le moniteur tourne le télégraphe et présente la face EX, de sorte que le maître ou le moniteur-général connait de suite si toutes les classes ont fini la tâche ordonnée. Le moniteur général donne l'ordre de procéder à l'inspection et de faire des corrections éventuelles. Celles-ci achevées, on présente de nouveau le numéro de la classe. Et les exercices reprennent.

Les tableaux de lecture sont collés sur des planches en sapin ou en carton, haute de dix-huit pouces, larges de douze, épaisses de 5 lignes, percées en haut d'un trou pour les suspendre contre les murs autour de la salle.

Des demi-cercles sont tracés à terre tout autour de la salle. Ils ont trois pieds et demi de rayon. Ils peuvent être faits en tringles de fer cintrées, ajustées sur des charnières, de manière qu'ils s'élèvent et s'abaissent à volonté, comme dans l'école de Saint-Jean de Beauvais. Ils servent à placer huit ou neuf enfants dans le tracé. L'espace libre entre deux demi-cercles est d'un pied.

Des baguettes, longs de vintg-quatre pouces, percées pour recevoir une ficelle pour les suspendre, ont un bout mince pour indiquer les lettres ou mots à lire. Dans les campagnes, elles sont préparées par les moniteurs, et ne coûtent rien.

A côté du maître, suspendues et rangées dans l'ordre numérique des classes, avec des numéros qui les indiquent, des marques en bois sur lesquelles est indiqué le mot premier, servent à décorer celui de chaque demi-cercle qui lit le mieux. Formées par des petites planches, longues de cinq pouces, larges de trois pouces six lignes, épaisses de cinq lignes, elles ont deux trous par lesquels on passe les deux bouts d'une ficelle, qui forme ainsi l'anneau servant à les suspendre au cou. D'autres marques de grandes dimensions, plus apparentes, servent aux punitions.

Dans le système d'économie adopté, on a remplacé le papier et les plumes par des ardoises et des crayons de schiste. Toutes les ardoises ont six raies dans le sens de la longueur, sauf celles de la seconde classe qui n'en ont que quatre. C'est entre ces raies que l'enfant trace le corps de la lettre. A une extrémité, une ficelle passe à travers un trou formant un anneau servant à la suspendre au pupitre en face de l'enfant.

Les crayons sont de talc et viennent de Briançon, ceux de schiste sont fournis par l'Allemagne, mais les meilleurs sont anglaises. Lorsque les crayons sont usés on les fait entrer dans des tubes en fer-blanc, qui servent de porte-crayons ; quelquefois dans des porte-crayons à anneaux, donnés comme récompense.

Les écoliers ont coutume, pour effacer, de mouiller l'ardoise avec un peu de salive et de frotter avec la manche de l'habit ; pour empêcher cela, on suspend au clou un petit bout de lisière de drap que l'on appelle le frottoir.

- Deux dessins dont l'un représente les enfants assis et écrivant la dictée lue par le moniteur ; l'autre, montre les écoliers ayant tourné leurs ardoises pour être corrigées par le moniteur.

On voit le moniteur général sur un plan plus élevé.

Sur les deux dessins sont représentés les tableaux de lecture suspendus autour de la salle ; le porte tableau et le télégraphe installés au bout du pupitre.

  

Des récompenses et punitions


L'émulation.


Le déplacement

Pour la lecture aux demi-cercles, suivant s'ils lisent bien ou mal, les enfants se déplacent les uns les autres, le but étant de se rapprocher du premier rang et ensuite de ravir la marque à celui qui la porte. Le porteur à la fin de la lecture, reçoit un billet.

En écriture deux enfants d'une même classe peuvent jouter entre eux en sollicitant la permission de leur moniteur. Celui qui triomphe se place sur le banc avant le vaincu. De même, une lutte peut se faire entre deux classes. On dicte comme à l'ordinaire. La tâche remplie, les rivaux se présentent vers le maître, qui fait inscrire, par le moniteur général, ceux qui ont le mieux écrit. Il compte ensuite combien il y a de bons dans chaque section, et si le nombre l'emporte dans la classe inférieure, celle-ci prend le banc de l'autre.

Les écoliers qui se distinguent dans l'écriture sur le papier, reçoivent des billets. Un prix, soit un canif, soit un paquet de plumes ou tout autre objet utile est remis à celui qui a reçu plusieurs billets.

Pour l'arithmétique, le passage d'une classe à l'autre est récompensé par un billet de dix centimes.

A la fin de l'année on donne des prix pour récompenser ceux qui ont fait des progrès rapides. Ils consistent dans des objets d'habillement, tels que chapeaux, gilets, chemises, bas, souliers ou dans des livres, des canifs, couteaux, etc.


L'éloge

Journellement, chaque enfant resté sur la liste des bons fondée sur la docilité, la sagesse, l'attention, l'application, la propreté, la tenue, etc., reçoit un billet n°1. Le moniteur général lit à haute voix cette liste à la fin de chaque séance.

On écrit des lettres aux parents pour leur annoncer les progrès de leurs enfants dans l'étude ou leur sagesse.

L'avancement dans les grades est une récompense qui ne se donne qu'au mérite. Il est le résultat d'un sévère examen, dans lequel l'enfant doit avoir répondu exactement. Cet avancement est récompensé par un billet, dont la valeur est proportionnée au grade.


La récompense des moniteurs

Les deux moniteurs généraux des classes d'écriture ont par semaine une paye fixe de 40 à 50 cent, ceux de lecture et d'arithmétique, qui ont moins de temps à consacrer à leurs emplois, ne reçoivent que 30 à 40 cent.

Les moniteurs particuliers de dictée qui n'ont pas donné des sujets de mécontentement, sont récompensés chaque jour par un billet n°6.

Lorsqu'un examen a lieu, et qu'on fait monter d'une classe à l'autre un certains nombre d'enfants, le moniteur reçoit un billet par enfants qui passent.


Les billets et leur payement

A la fin de la semaine, le maître se fait présenter les billets, et les paye, soit en numéraire, soit en objets d'utilité.

Ce sont des petits cartons, les uns de huit lignes carrées, les autres de 10 à 12 sur 8, sur lesquels le maître met les initiale de son nom et son paraphe ; ils sont tous numérotés de 1 jusqu'à 6.

N°1, il faut en avoir 6 pour un sou

N°2, il faut en avoir 5 pour un sou …

N°6, il faut en avoir 1 pour un sou.

Les billets de moniteurs d'écriture valent 5 cent.

Les billets d'examen valent 10 cent.

Les billets de moniteurs généraux valent 25, 30, 40 ou 50 cent.


Les punitions


C'est toujours le maître qui inflige les punitions.

Les moniteurs marquent derrière leur ardoise les enfants de la classe dont ils ont à se plaindre. Ils passent à leur cou les marques désignant la nature de leurs fautes. Il y en a cinq : Bavard, malpropre, désobéissant, paresseux, joueur.

Après la classe, on fait ranger contre le mur tous ceux qui ont été marqués et le maître les réprimande proportionnellement à la faute.

On peut :

- pour ceux qui ont conservé les mauvaises marques au cou, les montrer comme un objet de honte.

- les faire promener après la classe autour de la salle.

- retirer leurs bons si les fautes sont graves.

- les faire rester pendant la récréation.

- s'il joue avec quelques instruments, leur confisquer et leur faire racheter avec leurs bons.

- les nommer hautement à toute la classe comme mauvais enfants.

- les mettre à genoux ou debout, face tournée contre le mur ou debout sur l'estrade, face tournée vers la classe et les mains sur la tête.

- les attacher à un poteau lorsqu'ils sont trop indociles.

- leur attacher au menton ou sur le front, une langue rouge formée d'un large et long morceau de maroquin.

- les envoyer en prison, pour y rester plus ou moins longtemps.

- écrire aux parents

- s''ils sont malpropres, les faire débarbouiller avec une grosse éponge par une petite fille pour les garçons, ou par un petit garçon pour les filles.

- s'ils chantent en lisant, un moniteur les conduit autour de la salle, en les tenant par le collet, et en chantant à imiter leur chant.


On a banni les peines corporelles, telles que les disciplines, les férules, etc. Un système de récompenses et de privations sagement distribuées, en excitant vivement l'émulation, remplace avec avantage les fouets et les tortures.

Les structures pédagogiques



L'école est divisée en huit sections principales ou classes qui sont les mêmes pour la lecture que pour l'écriture. La première classe étant celle des débutants et la huitième celle de l'achèvement du cursus scolaire. Sont admis à l'arithmétique que les quatre dernières classes de lecture.

Chaque matière enseignée dans les écoles mutuelles repose sur un programme précis et codifié, découpé en huit degrés hiérarchisés, qui doivent être parcourus successivement.

Les rythmes d'apprentissages et les acquisitions varient suivant les élèves et suivant la discipline. Une classe ne peut ni ne doit être limitée par le nombre : c'est la capacité seule des individus qui en règle les répartitions ; et ce principe toujours observé fait que chacun trouve son niveau sans être jamais arrêté par les autres, ou sans les arrêter lui-même.

Mais cette première répartition s'assortit, au sein de chaque classe et dans chaque discipline, de la constitution de groupes restreints établis selon les activités qui doivent y être pratiquées. En arithmétique, par exemple, des travaux écrits se font sur l'ardoise. Ils ont lieu, assis, sur les bancs réservés à cet usage, avec 16 à 18 élèves au maximum par banc, selon les normes établies par Jomard. Les exercices oraux, en lecture ou arithmétique, ou à l'aide d'un tableau noir, arithmétique, dessin linéaire, se font debout, par groupes de 9 au maximum, les élèves se tenant côte à côte et formant un demi-cercle. De là, d'ailleurs, l'appellation donnée à ce genre d'activité : « travail au cercle ». Ainsi, dans une école mutuelle ayant 36 élèves en 3e classe d'arithmétique, le travail aux bancs se fera en deux groupes avec deux moniteurs et les exercices au tableau noir avec 4 groupes et 4 moniteurs. Les effectifs des classes pourront donc varier suivant les écoles et tout au cours de l'année, la seule limitation étant imposée par l'étendue du local.

En été, il y a six heures de travaux ; trois le matin et trois l'après-midi. En hiver, on ne retient les enfants que deux heures l'après-midi.

Ils entrent à neuf heures et sortent à midi. Le soir, ils entrent à trois et s'en vont à cinq du 1er avril au 30 septembre.

On accorde un jour de congé le mercredi pendant la semaine, outre les dimanches et les fêtes.

Matières d'enseignements



A l'origine, le programme de l'école mutuelle est limité comme toutes les écoles communales, aux trois disciplines fondamentales : lecture, écriture, arithmétique, et à l'enseignement de la religion.


La lecture est l'objet de soins attentifs et de recherches constantes. Aussi, les résultats sont-ils continûment spectaculaires, qu'il s'agisse de la durée des apprentissages ou de la qualité des acquis. Alors que dans les écoles des Frères il faut quatre années pour apprendre à lire, ce temps est réduit à une année et demie dans les établissements mutuels. Les raisons de ce succès sont multiples et cumulatives : les horaires consacrés à cette discipline sont importants ; les structures pédagogiques, avec la constitution de petits groupes, permettent une lecture intensive, évitent les pertes de temps, soutiennent l'attention ; les méthodes retenues, celles de Peigné, en particulier, sont techniquement bien supérieures à celles des autres établissements. On utilise la « nouvelle épellation » avec appellation phonétique des consonnes, distinction des sons et des articulations, lecture de mots ou de petites phrases dès les premières leçons. Les procédés comportent déjà trois temps d'apprentissage : décodage, exercices de mémoire, encodage. Si l'on y ajoute l'attention portée aux livres de lecture courante on peut dans cette discipline parler de « révolution pédagogique ».

En écriture, on s'oriente dès l'origine vers la clarté et la simplicité. Les fioritures, innombrables jusqu'alors, sont bannies. Werdet publie les règles de la nouvelle écriture dépouillée dite cursive française. Les améliorations qui y seront apportées au cours du siècle n'en modifieront pas l'architecture fondamentale. De la formation des lettres sur le sable, avec le doigt, dans la première classe, à l'écriture à l'encre sur le papier dans la huitième classe, l'étude est progressive et rationnellement conduite.

En arithmétique, par contre, les résultats ont été relativement faibles. Les causes d'insuccès tiennent à la fois à la méconnaissance des modes d'appréhension par les élèves de cette discipline, à l'ambition du programme dans les premières classes et à l'insuffisance de la méthode. Tout est verbal dans cet enseignement basé sur les dictées de nombres ou d'opérations, et sur la répétition. Les moniteurs ont à corriger, non à expliquer. Croire, selon l'affirmation de Jomard, que « l'intelligence naturelle des élèves devinera ce qu'elle pourra des motifs de la marche qu'on suit dans les opérations » était sans doute quelque peu insuffisant.

L'enseignement religieux, dans les écoles parisiennes a lieu chaque jour de 13 h à 14 h. Il est, en province, fixé avec les autorités responsables. Les quatre premières classes de lecture donnent naissance aux quatre premières classes d'enseignement religieux. L'ensemble forme une grande division qui n'apprend que les prières en français et en latin. Les deux classes suivantes constituent la division du petit catéchisme et les deux dernières celle du grand catéchisme.

Dès 1818, sont introduits le dessin linéaire pour les garçons et la couture pour les filles. Les trois dernières classes d'écriture, les quatre dernières à partir de 1831, permettent la constitution de huit classes de dessin ou de couture.

Le chant, après l'essai fait à l'école St-Jean de Beauvais en 1819, pénètre très rapidement dans toutes les écoles mutuelles. Wilhem est à la fois le créateur et l'artisan du développement de cet enseignement qui gagne bientôt les cours d'adultes et d'apprentis. Des réunions périodiques d'enfants initiés à la musique vocale furent organisées. Ainsi naquit la première œuvre post-scolaire française : l'Orphéon qui, après Wilhem, compte parmi ses directeurs Charles Gounod et Jules Pasdeloup.

La grammaire figure, en 1831, dans les travaux proposés aux élèves. Les deux dernières divisions de la lecture se transforment en huit classes de grammaire. Si l'effectif est insuffisant, les sections s'ouvrent successivement. L'étude porte sur l'orthographe grammaticale, car l'orthographe usuelle est apprise sans cesse dans les dictées d'écriture et dans l'épellation des mots aux groupes de lecture, et sur la syntaxe. Les leçons ont lieu aux groupes, c'est-à-dire autour des demi-cercles, trois fois par semaine. Elles durent trois quarts d'heure.

La rédaction apparaît fort tard dans les écoles mutuelles, en 1840 seulement. Elle est réservée aux moniteurs et aux monitrices. C'est le maître qui dispense cet enseignement. Le travail écrit se fait à la maison et doit être remis la semaine suivante.

L'histoire et la géographie ont été peu enseignées dans les écoles mutuelles, bien que les responsables y apportent grand intérêt. Mais les aspects mécaniques de la méthode sont un handicap sérieux pour un enseignement efficace. Les tableaux utilisés dans un nombre réduit d'établissements, et souvent à l'initiative du maître, ne comportent guère que de la nomenclature et de la chronologie.

Quant aux autres disciplines, « notions économiques, industrielles, agricoles, scientifiques, instruction civique », évoquées par Jomard, en 1845, elles ont peu pénétré dans les écoles mutuelles.

(La pédagogie dans les écoles mutuelles au XIXe siècle, Pierre LESAGE, chargé de recherche à l'Institut National de Recherche et de Documentation pédagogiques)

  

- Ecole d'enseignement mutuel, gravure du Magasin Pittoresque de 1834.

Les élèves de la première division de la première classe sont déjà placées et écrivent avec le doigt sur la poussière de grès. Une jeune monitrice, debout derrière elles, reforme les lettres mal écrites. Une monitrice plus grande donne un signal. L'artiste a choisi l'heure où toutes les élèves ne sont pas encore rntrées. La salle est vue du haut de l'estrade de la maîtresse.

- Oui que j'peux m'en vanter !.., dessin de Charlet.

  

- Souffle !

Paris le matin, oeuvres de Gavarni, gravé par Verdeil.

- Médaille pour les Ecoles d'enseignement mutuel, avec l'effigie du Roi, et pour exergue : Louis XVIII, Roi de France, Protecteur de l'Instruction publique, 1816.

Au revers : Moniteur général, autour la légende : Enseignement mutuel.

- Médaille de moniteur, 1848.

  

- Affiche, règlement intérieur de l'école gratuite d'enseignement mutuel pour les garçons de Chaumont, 1830.