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L'introduction du travail manuel à l'école primaire pose le problème de la scolarisation des pratiques et des savoir-faire qui régissent les métiers manuels.

Peut-on ramener l'extrême diversité apparente des métiers à un petit nombre de procédés de travail et de principes élémentaires et qui soient susceptibles d'un enseignement collectif ?

Louis Guémied qui traite la question dans la Revue de l'enseignement professionnel, se prononce dans l'affirmatif : De même que dans le monde physique, disait-il, un petit nombre de lois expliquent une infinité de phénomènes, de même que dans le règne animal l'immense variété des espèces se ramène à quelques types fondamentaux, de même l'homme, avec des matériaux peu nombreux et à l'aide d'instruments toujours les mêmes, produit des œuvres d'une variété illimitée. Le travail industriel peut être rapporté à quelques opérations fondamentales, telles que dresser ou aplanir, ajuster, tourner, etc. Les matériaux divers sur lesquels on opère se classent à leur tour par grandes catégories, supposant des procédés de travail analogues. Les principaux types d'outils se rapportent à ces propriétés diverses des matériaux, et on peut les ranger de même en un petit nombre de groupes. S'il en est ainsi, il est permis de conclure à la possibilité d'un enseignement manuel d'un caractère général, donnant à tous les élèves des connaissances théoriques et une habileté pratique qui n'exige plus ensuite, pour s'appliquer à tel métier particulier, qu'un court apprentissage spécial.

Tel est l'état de la question, lorsqu'en 1873, sur l'initiative de Gustave Salicis et Léveillé, l'école primaire de la rue Tournefort, dans le Ve arrondissement de Paris, est dotée d'un atelier. L'expérience de l'apprentissage scolaire y est tentée avec succès. La méthode des éléments techniques utilisée procède par tâches successives, c'est-à-dire qu'on donne aux élèves des travaux quelconques à faire, en asseyant vaguement d'en graduer la difficulté. Le Conseil municipal de Paris étend l'expérience et vote en 1879, une subvention pour la création d'ateliers de travail manuel dans ses écoles.

 « Il faut instruire les enfants du peuple, mais il ne faut pas les exposer à perdre le goût du travail professionnel ; par conséquent il ne faut pas que l’instruction par l’esprit seulement soit trop prolongée. » (Gustave Salicis)

Octave Gréard, directeur de l’Enseignement primaire de la Seine, rétorque qu’en introduisant le travail manuel à l’école primaire on risque de troubler l’économie des programmes, de porter préjudice aux études générales et de limiter la fréquentation scolaire.

Paul Bert défend l’idée du travail manuel pour tous : « Il ne faudrait pas qu'on se méprît sur le fond de notre pensée. Nous ne demandons pas que l'école primaire devienne une école professionnelle ; nous croyons qu'on n'en doit sortir ni serrurier, ni vigneron. C'est l'affaire des écoles ou des ateliers d'apprentissage, qui doivent former des artisans, tandis que l'école, accomplissant une œuvre bien plus générale, forme des hommes et des citoyens. Mais nous croyons que l'enseignement scientifique ne doit pas rester dans le domaine de la théorie pure, que les applications pratiques aux diverses industries doivent y tenir une grande place. Or, il nous a semblé nécessaire, pour que cet enseignement pratique porte tous ses fruits, que l'enfant apprenne à manier lui-même les principaux outils à l'aide desquels l'homme s'est rendu maître des matériaux que lui fournissent la nature et les industries fondamentales : le bois, les métaux, le cuir, etc. Nous avons vu, dans cette innovation, un triple avantage : avantage physique, car en apprenant à se servir du rabot, de la scie, du marteau, du tour, etc., l'enfant complétera son éducation gymnastique et acquerra une adresse manuelle qui lui sera toujours utile, quoi qu'il fasse plus tard, et le tiendra prêt, d'ores et déjà, pour tous les apprentissages ; avantage intellectuel, car les mille petites difficultés qu'il rencontrera l'habitueront à l'observation et à la réflexion ; avantage social, peut-on dire, car, après avoir apprécié, par sa propre expérience, les qualités nécessaires pour réussir dans les exercices professionnels et devenir un habile ouvrier, il n'y a nulle crainte que, si la fortune le favorise, à quelque position élevée qu'il puisse arriver par la suite,  il dédaigne ceux de ses camarades qui travaillent toujours de leurs mains. »

  

L'intelligence est dans le cerveau mais aussi dans les mains.

                                                                        Henri WALLON

Suite à la loi du 28 mars 1882, des mesures sont prises pour en assurer l'exécution en ce qui concerne l'enseignement du travail manuel à titre de matière obligatoire du programme de l'école primaire publique.

Arrêtés ministériels des 27 et 28 juillet 1882

ÉCOLES MATERNELLES

Section des petits enfants (enfants de deux à cinq ans). — Jeux. — Petits exercices de pliage, de tissage, de tressage.

Section des enfants de cinq à sept ans ou classe enfantine. — Pliage, tissage, tressage, combinaisons en laines de couleurs sur le canevas ou le papier ; petits ouvrages de tricot.


ÉCOLES PRIMAIRES ÉLÉMENTAIRES

L'éducation physique a un double but :

D'une part, fortifier le corps, affermir le tempérament de l'enfant, le placer dans les conditions hygiéniques les plus favorables à son développement physique en général.

D'autre part, lui donner de bonne heure ces qualités d'adresse et d'agilité, cette dextérité de la main, cette promptitude et cette sûreté de mouvements qui, précieuses pour tous, sont plus particulièrement nécessaires aux élèves des écoles primaires, destinés pour la plupart à des professions manuelles.

Sans perdre son caractère essentiel d'établissement d'éducation, et sans se changer en atelier, l'école primaire peut et doit faire aux exercices du corps une part suffisante pour préparer et prédisposer, en quelque sorte, les garçons aux futurs travaux de l'ouvrier et du soldat, les filles aux soins du ménage et aux ouvrages de femme.


1° Garçons.

Cours élémentaire. — Exercices manuels destinés à former la dextérité de la main. — Découpage de carton-carte en formes de solides géométriques. — Vannerie : assemblage de brins de couleurs diverses. — Modelage : reproduction de solides géométriques et d'objets très simples.

Cours moyen. — Construction d'objets de cartonnage revêtus de dessins coloriés et de papier de couleur. — Petits travaux en fil de fer ; treillage. — Combinaisons de fil de fer et de bois : cages. — Modelage : ornements simples d'architecture. — Notions sur les outils les plus usuels.

Cours supérieur. — Exercices combinés de dessin et de modelage : croquis cotés d'objets à exécuter et construction de ces objets d'après le croquis, ou vice versa. — Etude des principaux outils employés au travail du bois. — Exercices pratiques gradués. Rabotage, sciage des bois, assemblages simples. Boîtes clouées ou assemblées sans pointes. Tour à bois, tournage d'objets très simples. — Etude des principaux outils employés dans le travail du fer, exercices de lime, ébarbage ou finissage d'objets bruts de forge ou venus de fonte.


2° Filles.

Cours élémentaire. — Tricot et étude du point ; mailles à l'endroit, à l'envers, côtes, augmentation, diminution. — Point de marque sur canevas. — Eléments de couture : ourlets et surjets. — Exercices manuels destinés à développer la dextérité de la main, découpage et application de pièces de papier de couleur. — Petits essais de modelage.

Cours moyen. —Tricot et remmaillage. — Marque sur canevas. — Eléments de la couture : point devant, point de côté, point arrière, point de surjet. Couture simple, ourlet, couture double, surjets sur lisières, sur plis rentrés. — Confection d'ouvrages de couture simples et faciles (essuie-mains, serviettes, mouchoirs, tabliers, chemises), rapiéçage.

Cours supérieur. — Tricot de jupons, gilets, gants. — Marque sur la toile. — Piqûre, fronces, boutonnières, raccommodage des vêtements, reprises. — Notions de coupe et confection des vêtements les plus faciles. — Notions très simples d'économie domestique et application à la cuisine, au blanchissage et à l'entretien du linge, à la toilette, aux soins du ménage, du jardin, de la basse-cour. Exercices pratiques à l'école et à domicile.

Les travaux manuels


Jean Zay, dans les instructions de 1938, réduit les horaires d’enseignement introduisant trois heures de sport et plein air et trois heures d’activités dirigées et chant, pour tous les cours.

Les activités dirigées doivent nourrir les enseignements habituels. Elles  privilégient l’initiative des instituteurs et tendent à promouvoir la liberté de l’élève. Les activités des enfants à l’école nouvelle (enquêtes, recherches libres ou dirigées, comptes rendus, monographies, travail individuel ou travail par groupes) créent un climat nouveau fait de liberté, de confiance, d’action joyeuse et disciplinée.

« L’école nouvelle n’est pas une école où on fait ce qui vous plaît : elle est une école où ce qu’on fait plaît, et le métier du maître est de faire s’intéresser les enfants. »

«  L’organisation des activités dirigées non seulement serait inutile, mais elle irait à l’encontre de son but si elle aboutissait à je ne sais quelle demi-journée de paresse ou d’inaction, d’heures creuses pendant lesquelles les maîtres ne sauraient que faire des enfants, et si elle doublait en quelque sorte les congés du jeudi et du dimanche. »

Les activités dirigées consacrent une place importante aux réalisations manuelles qui développent l’adresse des mains et le coup d’œil, préparent à la vie pratique, habituent au travail bien fait. Pour les garçons, ce sont les travaux de jardinage adaptés aux cultures et aux activités locales, les travaux dits de bricolage, avec utilisation de matière d’œuvre et d’outils de la vie courante.

Les travaux manuels sont alors éducatifs et récréatifs. Les objets réalisés deviennent utiles et décoratifs. La forme agréable privilégie le plaisir de faire.

Au Cours Supérieur, le travail manuel est orienté d'une part vers des exercices de pliage, de cartonnage, de construction des solides géométriques, grâce auxquels les enfants voient se matérialiser et se confirmer certaines propriétés abstraites et théoriques ; et, d'autre part, vers la réalisation de petits objets, confectionnés à l'aide du croquis côté, utilisables soit à la maison, soit en classe aux séances de manipulations de sciences.

Au Certificat d'Etudes les enfants s’exercent sur le plus grand nombre de matières d’œuvre possible : bois, fer, cuir, carton, verre, etc. ; ils font appel aux différents outils qu'utilise tout individu dans la vie courante : lime, marteau, rabot, alène, truelle, etc.

  

Les activités d’éveil


En 1969, les disciplines d’éveil sont inscrites dans le cadre du tiers temps pédagogique. Elles sont fondées sur l’intérêt de l’enfant. Le nouveau modèle éducatif insiste sur l’éducation esthétique. L’activité manuelle est pleinement une activité d’éveil qui contribue, elle aussi, à l’épanouissement de la créativité.

Les objets réalisés ne sont plus vraiment utiles, mais surtout agréable. On réalise des objets décoratifs, achetés dans le commerce que les enfants terminent. On imprime des tissus, on habille des pots de yaourt, on grave du plâtre, on confectionne des masques, on peint des pieds de lampe…

Le travail manuel attrayant se transforme en travail manuel amusant impliquant exclusivement le plaisir de faire, distinct de la joie de l’effort. Il perd son caractère éducatif et suscite des critiques pour son côté « bricolage ». Un enseignement obligatoire dispensé à l’école, ne peut se confondre avec les activités du jeudi.

La réponse des psychologues porte sur la fonction de l’action dans la construction des apprentissages et dans le développement de l’intelligence. Une réflexion est menée notamment dans les écoles normales, sur la structuration des apprentissages. L’activité manuelle est ainsi le lieu privilégié des exercices sensoriels, d’une éducation gestuelle et de la manifestation de la créativité. Elle s’imbrique dans les autres activités de l’école élémentaire.

Doit-on privilégier le processus d’action ou au contraire le résultat de l’action ? Doit-on autoriser l’enfant à un tâtonnement sur les supports matériels ou doit-on le soumettre à un travail bien fait ? Les réponses différencient alors les activités manuelles éducatives des travaux manuels.

Les propositions d’activités définissent la méthode des éléments logiques. Il s’agit de faire, dire, puis représenter une tâche ou une action, de décrire un processus en définissant le programme d’actions.

  

Le travail manuel, par R.Gay et R.Clad, chez Istra, 1971.

" L'ouvrage veut être un outil d'éveil et d'apprentissage qui respecte la spontanéité de l'enfant tout en la soumettant à une discipline sagement mesurée."

Les activités technologiques


En 1985, les activités d’éveil à dominante scientifique disparaissent au profit des sciences et technologie qui regroupent la biologie, la physique et la technologie.

La technologie fait accéder l'enfant au monde construit par l'homme ; elle lui inspire la volonté d'entreprendre et de participer au progrès de l'humanité, indique les instructions de 1985.


Au cours préparatoire, l'enfant observe, classe, manipule, réalise ; fabrications diverses et maniement d'outils appropriés ; démontage et remontage d'objets techniques simples.

Au cours élémentaire, des projets techniques sont conçus, organisés et réalisés ; réalisations technologiques à caractère utilitaire et ludique.

Au cours moyen, l'élève apprend à construire des problèmes, à formuler des hypothèses et à raisonner pour parvenir aux solutions. Il acquiert les rudiments d'une culture informatique ; les mécanismes et électromécanismes ; les objets et systèmes informatiques.


L’informatique entre dans le programme du cours moyen. Les écoles sont dotées de matériel informatique et les instituteurs sont formés massivement.

Une mallette technologique apporte aux maîtres un exemplaire des matériaux nécessaires pour la pratique des activités technologiques du cours moyen.

  


 Enseignements

Travail manuel par L. Marchal et A. Outurquin instituteurs, Editions Bourrelier & Cie.

I. - Le bois ; II. - Le fer ; III. - Travaux divers.

Education manuelle

Le travail manuel

Les travaux à l'aiguille, enseignés dans les écoles dès le milieu du XIXe siècle, ne constituent pas, à proprement parler, un enseignement au travail manuel. Les travaux à l'aiguille ont toujours été considérés comme faisant partie de l'éducation générale de la femme ; leur enseignement a simplement pour but de mettre la jeune fille en état de remplir convenablement plus tard ses devoirs de bonne ménagère.

Le travail manuel à l'atelier


L'enseignement au travail manuel devient un enseignement obligatoire indiscutable en 1882.

Cet enseignement s'inscrit dans un vaste projet d'organisation d'un enseignement professionnel à l'intention des enfants des classes populaires. En développant chez l'élève l'habileté manuelle à tous les métiers, il prépare en quelque sorte l'entrée à l'école manuelle d'apprentissage.

L'instruction primaire doit commencer à préparer utilement l'enfant à la vie qui l'attend aux portes de l'école. Il suffit d'employer à des exercices de travail manuel le temps disponible que peut laisser le développement normal de ces programmes et de l'initier aux connaissances pratiques que l'enseignement complémentaire des classes du soir achèvera plus tard de lui assurer, note O. Gréard dans les instructions et directions pédagogiques.

Le programme de 1882 tente d’établir une progression graduée, selon le type de matériau et les outils employés, entre d’une part les exercices frœbeliens tels que pliage, tissage ou tressage pratiqués à l’école maternelle, et d’autre part l’apprentissage réel du métier.

Les textes officiels publiés au cours de la période, n’apporte guère d’indications aux instituteurs (ou aux institutrices) pour qu’ils puissent mettre en place un tel programme dans leurs classes.

Gustave Salicis, fort de l’expérience de la rue Tournefort, rédige en 1885, une Instruction spéciale pour le compte du ministère et publie, sous les auspices de la Ligue de l’enseignement, une Instruction pour l’enseignement du travail manuel dans les écoles primaires. Dans cette dernière, il précise le matériel nécessaire à l’organisation de l’enseignement et donne une progression pédagogique possible et des conseils.

En introduisant l'enseignement du travail manuel à l'école primaire, la loi ne veut pas transformer l'école en atelier, mais simplement donner à l'enfant le moyen d'acquérir "cette dextérité de la main et cette justesse du coup d'œil" qui, plus tard, lui seront si utiles et si profitables ; le mettre de bonne heure en contact immédiat avec la matière brute et lui apprendre à la façonner, afin de développer en lui l'instinct naturel qui le porte à exécuter des travaux matériels ; lui donner surtout le goût et l'amour du travail.


C'est à l'école normale à donner aux futurs instituteurs la préparation qui leur est nécessaire. Aussi le programme du 3 août 1881 a-t-il placé les travaux manuels au nombre de leurs matières d'enseignement. Mais on manque d'enseignants pour former les élèves-maîtres. Le ministère de l'instruction publique charge Salicis d'organiser à Paris des Cours normaux pour le nouvel enseignement. Ces cours, ouverts en décembre 1882, dans le bâtiment de l'ancienne école Pape-Carpantier, rue Louis Thuillier, sont transformés, le 1er janvier 1884, en une Ecole normale spéciale pour l'enseignement du travail manuel. Mais par décret du 4 septembre de la même année, l'école nouvellement constituée est supprimée et son enseignement est intégré dans les programmes des élèves-maîtres de l'Ecole normale supérieure de Saint-Cloud. Les partisans de l'enseignement manuel regrettent cette dernière mesure.

Néanmoins, en moins de trois années,  Salicis fait installer, dans la plupart des écoles normales d'instituteurs, des ateliers pour le travail du bois et du fer, pour le cartonnage, la stéréotomie (l'ancêtre du dessin technique) et le modelage, enfin un laboratoire pour les manipulations élémentaires.


Le congrès d'instituteurs du Havre en 1885, veut donner l'impulsion nécessaire à l'application de cet enseignement mais sous forme adaptée qui tient compte des difficultés rencontrées. Il est affirmé le refus d'en faire un premier cycle d'enseignement professionnel pour lui préférer celui d'un travail manuel éducatif qui n'exige pas forcément un travail en atelier.

Le travail manuel avec atelier reste un phénomène minoritaire, essentiellement urbain, plus particulièrement parisien, il n'est pas parvenu à s'implanter dans l'ensemble des écoles primaires, faute de directives précises.

La méthode des objets usuels est représentée par Schmitt qui précise son intérêt par rapport à la méthode des éléments techniques dont l'uniformité engendre la lassitude. Les exercices conduisent à la réalisation ou à la reproduction d'objets de l'environnement des enfants. Ils font ainsi découvrir  les procédés employés par les menuisiers, les ajusteurs, les cartonniers, les emballeurs…

Dès 1887, les Ecoles normales abandonnent la méthode d'enseignement du travail manuel des "objets utiles" par celle dite des "éléments techniques" qui à la différence de la première n'exige plus la fabrication d'un objet complet.

En 1887, le ministre de l'Instruction publique organise dans les Ecoles normales, pendant les vacances scolaires, des cours spéciaux de travail manuel d'une durée de 29 jours, à l'intention des instituteurs en exercice qui en font la demande. Faute de fréquentation, ces cours sont supprimés en 1889.

  

Géométrie et travail manuel


Excepté à Paris, dans les écoles maternelles et les écoles de filles, l’enseignement du travail manuel est délaissé partout ailleurs. Certains maîtres allèguent le manque de temps, et la plupart le manque de matériel. Les premiers dédaignent souvent les enseignements « accessoires » : l’éducation physique, le chant, le dessin et surtout le travail manuel, enseignements essentiels de la première enfance.

Pour P.-E. Marcant, Inspecteur de l'Enseignement primaire, pour transformer l'enseignement nationale, il ne suffit pas de faire des programmes ou de rappeler que ces programmes existent, il faut transformer quelque peu la mentalité des maîtres, et il faut guider ceux qui doivent appliquer ces programmes. Pour apporter une pierre à l'édifice, la revue Le travail manuel, les sciences expérimentales et le cinéma à l'École sort le 1er octobre 1922, paraissant tous les mois aux Editions Fernand Nathan.  Le travail manuel doit être attrayant, le but à atteindre est d'instruire en intéressant et en amusant les enfants tout en s'adressant à leurs facultés créatrices.


Réclamant trop de temps, pour supprimer cet obstacle qui nuit à son succès, le nouvel emploi du temps des instructions de 1923 ne prévoit plus qu'une heure et demie au cours préparatoire ; au cours élémentaire, une heure dans les écoles de garçons et une heure et demie dans les écoles de filles ; au cours moyen, une heure pour les garçons et deux heures pour les filles ; au cours supérieur, une heure et demie pour les garçons et deux heures pour les filles.

L’enseignement du travail manuel n’est plus considéré comme une partie de l’éducation physique mais fait partie maintenant de l’éducation intellectuelle. Il doit être une « préparation à la vie courante ».

Le travail manuel s'associe avec le dessin et l'enseignement des sciences expérimentales.

Les nouveaux programmes éliminent, autant que faire se peut, les exercices qui n'aboutissent pas à un résultat pratique, ces exercices, dits "éducatifs" qui donnent à l'enfant l'impression que son effort, interrompu avant l'heure, est fatalement vain. Il faut donner, au contraire, aux élèves l'habitude d'aller jusqu'au bout  de leur tâche, de persévérer jusqu'à la production d'un acte ou d'un objet achevé.

Au cours moyen et cours supérieur le travail manuel devient une préparation directe à la vie professionnelle. Les enfants pourront manier l'outil et s'en servir pour des travaux utiles. La nature des travaux peut varier selon que l'école est urbaine ou rurale. Dans le dosage des exercices, l'instituteur rural fera la part plus grande à ceux du jardin, l'instituteur urbain à ceux de l'atelier.

Tout métier exige une éducation du cerveau qui conçoit et dirige, une éducation des sens, et plus particulièrement de l'œil et de la main qui doivent être les serviteurs exercés du cerveau. C'est cette éducation que l'école primaire doit fournir aux travailleurs.

Le travail Manuel à l'école primaire, en liaison avec le calcul, la géométrie et le dessin, Collection Lyonnet, Librairie Istra, 1933.

- Cours élémentaire livre du maître par Gaston Juhen, instituteur.

- Cours moyen et cours supérieur, livre du maître par Gaston Juhen, Melle Juhent-Cadaut, Georges Juhen, instituteurs.

- Le dessin géométrique et le travail manuel au Certificat d'Etudes Primaires, par Marcel Draux, Editions Magnard, 1950.

- le cahier de travail manuel associé au dessin, Cours Préparatoire et Elémentaire, par René Jolly, instituteur, Les éditions Scolaires, Chambéry, 1947.

Géométrie, dessin et travail manuel, Cours Moyen, 2e cahier, Les Presses Universitaires de France, Présenté par la Fédération des oeuvres laïques de la Creuse. 

- Enseignement du travail manuel à l'école primaire par Emile Faivre, Librairie Hachette et Cie, 1887.

Programmes de 1923 du travail manuel pour les garçons


Section Préparatoire (de six à sept ans)

Découpage de confettis que l'on groupera de manière à représenter des nombres ou à former des arrangements décoratifs.

Petits exercices de tressage, pliage (jonc, paille, rafia, papier, etc.)

Piquage, découpage et collage de silhouettes sur papier.

Confections d'objets et de jouets variés.


Cours Elémentaire (de sept à neuf ans)

1. Exercices à l'appui de l'enseignement de l'arithmétique, de la géométrie, du dessin.

Figurations géométriques à l'aide de bandelettes de papier de couleur.

Vérification concrète des propriétés des figures géométriques par la superposition et l'assemblage de ces figures ou de leurs éléments.

2. Préparation à la vie courante : coudre des boutons, faire un paquet, couvrir livres et cahiers, etc.

Confection d'objets divers.


Cours Moyen (de neuf à onze ans)

1. Reprise des figurations géométriques planes. Décompositions des figures, relations entre leurs éléments.

Représentation et exécution en carton de solides géométriques. Développements.

2. Préparation à la vie courante : détacher un vêtement, réparer un livre, confectionner un carnet, etc.

Travaux libres à la maison ou en classe : découpage à la scie, façonnage de silhouettes d'animaux, de pièces à assembler par collage ou pointage. Menus objets (carton, bois, corde, fil de fer).

Réalisation d'appareils simples pour exercices et expériences scientifiques.

Technologie : notions sur les outils usuels.


Cours Supérieur (de onze à treize ans)

Continuation des exercices inscrits au programme du cours moyen. Confection de menus objets à l'aide de matériaux d'usage courant. Appareils pour démonstration (bobinage, montages électriques simples).

Maniement des outils les plus usuels : réparations diverses, menus travaux d'entretien.

Technologie. Notions sur les matières d'œuvre, outils, machines. Visites d'ateliers et d'usines.

Si l'école possède un atelier, construction, sur croquis et épures, d'objets utilisables.

  

Le travail Manuel attrayant à l'école primaire, d'A. Plicque, Fernand Nathan, 1937.

D'abord expérimenté pendant les garderies du jeudi avec M. André, inspecteur primaire du XXe arrondissement de Paris, A. Plicque, pour rendre le travail manuel attrayant, propose aux enfants la fabrication de jouets simples en bois.

- Travaux manuels garçons, les pavements, Journal des instituteurs et des institutrices, 21 décembre 1957

Les maîtres sont invités à faire confectionner des objets variés, simples et utilisables.

La réalisation est un moyen pour apprendre. Il s’agit de fixer des connaissances géométriques grâce à leur matérialisation.

Dans l’entre-deux-guerres, le travail manuel se transforme progressivement en travaux manuels.

  

Le pliage

Il permet de donner la première notion des formes géométriques, ligne, surface plane, rectangle, carré, triangle, etc. la signification de quelques propriétés géométriques importantes : médianes, diagonales, bissectrices.

- Images à plier, album n°1, Larousse : exercice le papillon.

Cahier d'institutrice sur des exercices de pliage : bateau à une voile, bateau à plusieurs voiles, table, berceau, canard, cocotte, étoile, table, porte monnaie.

- L'année préparatoire de Travail manuel, Classe enfantine et Cours Elémentaire, par P.Martin, librairie Armand Colin, 1922.

Les travaux manuels sont classés selon les matériaux : batik, linogravure, reliure, modelage, cannage, paillage, raphia, dentelles, macramé, floralie, pompons, cuir, jardinage…

- Tour à bois, matériel d'enseignement Ch. Delagrave, 1900.

Tour à bidet composé de la poupée principale à butoir, du support à éventail et de la contrepointe à canon formant rappel, hauteur du centre 0m 140 avec mandrin queue de cochon et mandrin 3 pointes.

  

Le travail manuel sans atelier


Les participants au Congrès de l'Enseignement primaire et de l'Enseignement primaire supérieur qui se tient à Paris en 1889, décident qu'en France, l'enseignement industriel est incompatible avec le programme des écoles primaires et des écoles normales. Cette résolution aboutit à la réforme du 3 juin 1891 qui institue le travail manuel sans atelier.

Les travaux à l’atelier sont repoussés au cours supérieur et le modelage disparaît. Le travail manuel de Salicis, dite méthode des objets usuels qui consiste à reproduire en miniature, des objets courants, proche de l’apprentissage, est remplacé par celui « sans atelier » de René Leblanc dite méthode des éléments géométriques ou méthode album en raison de l’introduction du cahier de travail manuel.

Un exercice manuel à l’école, explique René Leblanc, « doit exercer l’œil et la main, en même temps que son attention, son intelligence, son goût et son adresse ; il faut en outre qu’il soit peu coûteux, en rapport avec les forces physiques de l’élève (…). Mais cela ne suffit pas (…), il faut que le travail manuel contribue à l’éducation physique, c’est sa première raison d’être ; mais il faut en outre qu’il prête son concours à l’éducation intellectuelle en apportant à la partie scientifique (dessin, formes géométriques, calcul) le concret qui lui fait si souvent défaut dans l’enseignement ordinaire. »

Le travail manuel, tel que semble le concevoir Leblanc, apparaît comme une activité au service des différentes sciences enseignées. A chaque notion géométrique étudiée correspond un exercice manuel déterminé. Du coup, il est possible d'organiser le cours de travail manuel de façon véritablement graduée puisque sa structure est directement dépendante de celle, classique, du corpus des connaissances géométriques enseignées. Pour les petites classes, Leblanc recommande l'emploi d'un cahier dans lequel l'enfant pourra coller son pliage, écrire son nom, en faire le dessin, noter ses propriétés géométriques "constatées expérimentalement". L'enseignement manuel apparaît ainsi comme une suite d'exercices scolaires complets.

Cette méthode donne une légitimité éducative au travail manuel, en développant la géométrie et le dessin.


La prédominance du dessin géométrique qui enlève toute liberté du sentiment et de l’interprétation chez l’élève, est contesté. Le dessin prend son autonomie en 1909.


L'arrêté du 19 juillet 1917  introduit à l'examen de Certificat d'Etudes Primaires des garçons une épreuve de travail manuel (art. 256).

Travail manuel, par P. Martin, librairie Armand Colin

- L'année préparatoire de Travail manuel, Classe enfantine et Cours Elémentaire, 1922 ; construction de figures, pliage et déchiquetage, tissage et tressage, modelage.

- La première année de travail manuel, Cours Moyen,1920 ; Tissages, découpage, travail du fil de fer, noeuds et tresses, modelage.

- La deuxière année de travail manuel, Cours Supérieur, 1920 ; Cartonnage, noeuds et brêlages, travail de fil de fer, modelage, outils usuels.

- Piquage & Broderie, par Melle Berthe Dumoulin, Institutrice d'école maternelle, chez Fernand Nathan.

- L'atelier enchanté, par Suzanne Longère, CEP Beaujolais, Villefranche (Rhône), 1958.

- Travaux en papier, travaux manuels sur papier utiles et agréables, par E. Palestrant, Fernand Nathan, Editeur, 1956.

  

Dans le cadre du PAE (Projet d'Actions Educatives) "Si le lin m'était conté", tapisserie réalisé par les élèves de CP et CE1 de l'école de la Houssaye Béranger. Elle est inspirée de la tapisserie de Bayeux, en fil de laine sur une toile de lin, 1990.

Spécimens de Cahiers de travail manuel CE et CM.

(Exercices manuels dans les écoles du degré primaire, par René Leblanc, Librairie Larousse, 1895)

- Le travail manuel des écoles de garçons, Cours Elémentaire, Moyen et Supérieur, par E. Réau, Librairie Delagrave, 1927.

"Une expérience qu'on ne fait pas soi-même, avec toute liberté d'initiative, n'est, par définition, plus une expérience mais un simple dressage sans valeur formatrice : toute vérité à acquérir doit être réinventée par l'élève, ou tout au moins reconstruite, et non pas simplement transmise." (J. Piaget)

  

Les activités manuelles


Les activités dirigées conduisent à de nouveaux objets scolaires, utiles, attrayants et bientôt offrables et vendables. Cette orientation est dictée par deux prescriptions complémentaires : la participation de classes aux fêtes scolaires et la réalisation en dessin des objets décorés. On renouvelle les exemples d'objets réalisables dans ces classes selon la méthode attrayante de Plicque.

Les activités manuelles sont classées selon les matériaux : vitrauphanie, batik, linogravure, reliure, modelage, cannage, paillage, raphia, dentelles, macramé, floralie, pompons, cuir, jardinage, plastiline…

Le travail manuel préparatoire à la vie, demeure exclusivement dans les classes de fin d'études. Ce sont des travaux manuels domestiques les plus divers, équivalents aux travaux ménagers des filles.

Dégagées de toute préoccupation d'orientation et de formation pratique, les écoles maternelles développent les occupations manuelles. Henriette Sourgen, inspectrice générale des écoles maternelles, introduit les "thèmes de vie" qu'elle préfère aux "centres d'intérêt" plus conforme aux petits (la montagne, la mer, les animaux, l'autocar, le roman de Renart…).

Depuis les instructions de 1923, le travail manuel est resté dans l'indifférence du pouvoir universitaire.

Les sciences et les techniques se développent dans un monde qui se modernise.

L'école est bousculée.


  

- Pour occuper et distraire, Editions Studia, 1959.

N° 14, Avec du papier aluminium : nous vous donnons le moyen de confectionner des objets charmants qui pourront être utilisés pour la décoration des classes, offerts ou vendus à l'occasion des fêtes scolaires ou traditionnelles.

N° 36, la vannerie.

- Centres d'intérêt pour les moins de huit ans, Le pigeon, revue mensuelle n°130, janvier 1964, Editions Stidia.

Occupations manuelles : pigeon en vol et un autre oiseau

Manuels du Père castor, Editions Flammarion

- Modelage par Bellenfant, 1945

- Tissage premiers éléments, 1947

- Le plâtre par Pierre Belves, 1953

La linogravure

La technique de la gravure sur linoleum est la même que celle de la gravure sur bois, On évide à l'aide de gouges tout ce qui doit être blanc sur la gravure. Les parties laissées intactes, enduites d'encre avec un rouleau encreur, s'impriment sur la feuille de papier.

Elle est très utilisée par Freinet pour illuster les livrets de correspondance scolaire.

  

La pyrogravure

Pyrograver c'est dessiner sur du bois, le cuir, le tissu, en se servant d'une pointe incandescente en guise de crayon.

  

Au CM, travaux libres à la maison ou en classe : découpage à la scie, façonnage de silhouettes d'animaux, de pièces à assembler, par collage ou pointage. Menus objets...

- La boîte de vitesse

- Le sans-culotte

- Cahier travail manuel de Paul Clavier de 1924/1925

- Cahier de travail manuel de Yolande Roelandts.

Le tressage

Il sert à fournir des notions précises relatives à divers objets, notamment :

Le discernement des couleurs, leur harmonie ;

La forme des objets, le rapport des dimensions ;

Les positions respectives des objets, à droite, à gauche, au-dessus, au dessous ;

Les directions du mouvement, à droite, à gauche, en bas, en haut, avancer, reculer, etc. ;

L'idée de la similitude ;

L'idée des dispositions symétriques ;

L'importance et l'utilité du dessin

- L'année préparatoire de Travail manuel, Classe enfantine et Cours Elémentaire, par P.Martin, librairie Armand Colin, 1922.

- Premier cahier de travail manuel correspondant à l'année préparatoire de travail manuel.

- Le Travail Manuel, Les Sciences Expérimentales et Le Cinéma à l'Ecole, revue mensuelle conçue et rédigée par des éducateurs.

Piquage et broderie

- Aiguille et tapis de piquage.

- Carton d'exercices

- Exercices en cours

- Tapisserie sur métier.

(Les activités dirigées à l'école primaire par L. Vasseur, Manuel Général 1938-1939)

Métier à tisser Tissanova


"Plus facile, plus rapide, plus économique, plus varié que le tricot, Tissanova ser, demain, aussi répandu que les aiguilles à tricoter."

- Géométrie et travail manuel à l'école primaire, Cours Elémentaire et Cours Moyen 1ère année, par A. Roudil, F.Clément, G. Bazire, Librairie Larousse.

Programmes de 1923.

Il est possible, même en classe, d'associer la première étude de la géométrie au développement de l'habileté manuelle, au moyen de travaux, tracés, pliages, découpages, reposant sur l'emploi du papier ou du carton.(Th. Leconte)

- Du travail attrayant au préapprentissage, Le Travail Manuel appliqué sans outillage couteux en classe et en famille, par B. Profit et G. Vivien, Fernand Nathan, Editeur, 1838.

"Des travaux manuels qui seraient indépendants des exercices scolaires ordinaires, qui constitueraient une branche nouvelle d'enseignement simplement juxtaposée aux autres seraient difficilement acceptés par la grande majorité des maîtres. Il faut donc, non seulement que le travail manuel de l'école contribue à l'éducation physique, mais il faut encore qu'il prête son concours à l'éducation intellectuelle en apportant à la partie scientifique (dessin, formes géométriques, calcul, etc.), le concret qui lui fait si souvent défaut dans l'enseignement ordinaire,"